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	<title>HOMEROS.FR - Atelier de m&#233;trique grecque et latine</title>
	<link>https://www.homeros.site/</link>
	<description>groupe de m&#233;trique dirig&#233; par Philippe Brunet ;
logiciel Scande&amp;Chante con&#231;u par Gilles de Rosny</description>
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		<title>La langue d'&#338;dipe, le po&#232;te et le spectateur</title>
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		<dc:date>2009-02-10T01:32:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Il est largement convenu de voir dans &#338;dipe roi la trag&#233;die du destin et de l'absence de libert&#233; de l'homme, incapable de comprendre les volont&#233;s divines dans ce qu'elles peuvent avoir d'arbitraire. C'est une approche moderne, dont bien des pr&#233;suppos&#233;s doivent &#234;tre remis en cause. &lt;br class='autobr' /&gt; Le premier de ces pr&#233;suppos&#233;s consiste &#224; faire de la pi&#232;ce le terrain d'essai de probl&#233;matiques philosophiques sur la libert&#233; humaine ; or, si l&#233;gitime que soit cette probl&#233;matique dans le regard qu'on jette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est largement convenu de voir dans &lt;i&gt;&#338;dipe roi&lt;/i&gt; la trag&#233;die du destin et de l'absence de libert&#233; de l'homme, incapable de comprendre les volont&#233;s divines dans ce qu'elles peuvent avoir d'arbitraire. C'est une approche moderne, dont bien des pr&#233;suppos&#233;s doivent &#234;tre remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier de ces pr&#233;suppos&#233;s consiste &#224; faire de la pi&#232;ce le terrain d'essai de probl&#233;matiques philosophiques sur la libert&#233; humaine ; or, si l&#233;gitime que soit cette probl&#233;matique dans le regard qu'on jette aujourd'hui sur l'&#339;uvre, ce serait se m&#233;prendre de croire que Sophocle nous proposerait une r&#233;flexion philosophique &#224; travers un personnage tir&#233; du mythe. Il ne s'agit pas de pr&#233;tendre que le po&#232;te ne se soucie pas de philosophie, au sens que le mot pouvait prendre alors, mais de contester toute analyse qui reviendrait &#224; faire du th&#233;&#226;tre grec la mise en action d'id&#233;es philosophiques sous les yeux de spectateurs appel&#233;s &#224; en juger. Si Sophocle puise dans le mythe th&#233;bain des Labdacides, c'est pour explorer les ressources d'une l&#233;gende qui, comme celle des Atrides, soul&#232;ve la question politique des fondements de la cit&#233; : aux deux dynasties, th&#233;baine et argienne, qui s'autod&#233;truisent et d&#233;truisent au passage leur cit&#233;, il s'agit d'opposer le mod&#232;le triomphant d'Ath&#232;nes. Or ce mod&#232;le, ce sont les spectateurs ath&#233;niens des Dionysies eux-m&#234;mes qui sont appel&#233;s &#224; le constituer. Autant dire que le spectacle est aussi dans les gradins, qu'il y a une implication du spectateur, non peut-&#234;tre tel qu'il est mais tel qu'il est appel&#233; &#224; &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cela nous conduit &#224; contester un second pr&#233;suppos&#233;, qui nous vient tout droit d'Aristote et qui concerne sa th&#233;orie du th&#233;&#226;tre comme &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt;, imitation. En la mati&#232;re, l'approche ici propos&#233;e peut &#234;tre choquante : peut-on remettre en cause les affirmations d'un philosophe qui a &#233;crit moins d'un si&#232;cle apr&#232;s le dramaturge et qui a tant cit&#233; &#338;dipe roi dans sa Po&#233;tique ? Et pourtant, en moins d'un si&#232;cle, que de changements dans les esprits comme dans la vie ! le spectateur contemporain d'Aristote n'est plus interpell&#233; comme citoyen, ne se sent plus impliqu&#233; dans le drame de la cit&#233; : d'autres s'en occupent &#224; sa place ; la pi&#232;ce qu'il vient voir appartient d&#233;sormais &#224; un r&#233;pertoire, fait partie des &#171; classiques &#187;, sera apprise et rejou&#233;e, elle par qui le dramaturge, comme ses concurrents des Dionysies du cinqui&#232;me si&#232;cle, aspirait &#224; remporter le prix du concours dans une repr&#233;sentation unique. Entre le personnage et le spectateur s'&#233;l&#232;ve d&#233;sormais le mur de la &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt;. En &#233;levant ce mur, Aristote cr&#233;e les conditions de l'esth&#233;tique classique qui s'impose encore aujourd'hui. Selon cette esth&#233;tique, prot&#233;g&#233; par le mur du spectacle, le spectateur peut &#233;prouver &#224; loisir terreur et piti&#233; &#224; l'&#233;gard d'un personnage devenu le mod&#232;le d'une trag&#233;die universelle. Mais de quel c&#244;t&#233; du mur placer le ch&#339;ur ? Aristote ne pr&#234;te que peu d'attention &#224; cet intrus dans sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A cette seconde impasse, d'origine aristot&#233;licienne, nous en ajoutons une troisi&#232;me, dont Aristote avait au moins le m&#233;rite de ne pas s'encombrer : le suppos&#233; arri&#232;re-plan de ce que la critique des ann&#233;es cinquante du si&#232;cle pass&#233; appelait commod&#233;ment le &#171; conglom&#233;rant des croyances h&#233;rit&#233;es &#187; : en l'occurrence, les suppos&#233;es convictions religieuses, les croyances aux oracles et au destin sans lesquelles le spectateur ne pourrait pas vraiment &#233;prouver la violence des sentiments dont le spectacle doit le purifier. Ce serait, soit dit en passant, exclure la possibilit&#233; pour le spectateur moderne d'&#233;prouver &#171; le plaisir de la trag&#233;die &#187;. Comment peut-on croire qu'un dramaturge ferait appel &#224; de telles croyances quand il fa&#231;onne lui-m&#234;me &#224; sa guise les pr&#233;dictions qu'il veut &#8211; diff&#233;rentes, dans le cas de la pr&#233;diction faite &#224; La&#239;os, de la version qu'en donnait Eschyle &#8211; , et cela au vu et au su de ses spectateurs ? Instrument &#233;minemment dramatique, comme le con&#231;oit d'ailleurs Aristote, le recours aux oracles, dans leur r&#233;alit&#233; fonci&#232;rement linguistique, leur fa&#231;on d'&#234;tre l'&#233;nonc&#233; total du r&#233;el, pose, &#224; travers leur absence de transparence, la question de la langue, celle que parle le personnage, celle qu'il ne comprend pas mais que comprend le spectateur, dans une approche totale du spectacle qui fait du spectateur son v&#233;ritable sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#338;dipe a le tort de se donner une identit&#233; en quelque sorte pr&#233;-linguistique : il croit percevoir d'abord les choses dans la suppos&#233;e transparence de l'imm&#233;diatet&#233; visuelle et n'avoir plus ensuite qu'&#224; les &#233;noncer &#224; partir de la conviction du sujet qu'il est ; sa langue ne serait que le v&#233;hicule fid&#232;le de sa pens&#233;e, transcription de ses perceptions ; elle ne saurait mentir, et c'est fort de ces certitudes que le roi pr&#233;tend mener seul l'enqu&#234;te sur le meurtrier de La&#239;os. Le moindre obstacle provoque sa col&#232;re et le fait chasser Tir&#233;sias et menacer de mort Cr&#233;on. Cet homme qui a pourtant connu le doute sur ses origines fonde tout sur sa certitude de soi sur la proclamation d'un nom qu'a rendu illustre la victoire sur la Sphinx, au point d'effacer dans son propre &#233;blouissement l'origine de ce nom d'&#338;dipe &#171; Pied Enfl&#233; &#187; (&lt;i&gt;Oidi-pous&lt;/i&gt;). Son succ&#232;s m&#234;me le d&#233;truit, occultant une &#233;tymologie qui aurait d&#251; l'&#233;clairer sur l'attribution de son nom par une collectivit&#233;. Ce nom est &#224; double titre un nom compos&#233; : compos&#233; en deux &#233;l&#233;ments signifiants et ainsi compos&#233; par la collectivit&#233; de ceux qui ont &#233;t&#233; &#224; son contact. Il n'y a pas, de ce point de vue, d'identit&#233; sans passage par l'alt&#233;rit&#233; dans la langue. En somme, comme fait de langue, &#171; Pied Enfl&#233; &#187; est le point d'aboutissement linguistique d'une nomination, d'une identification collective, alors qu' &#171; &#338;dipe &#187;, fig&#233; en un bloc monolithique dans l'affirmation ips&#233;iste de soi, lanc&#233; &#224; la figure des autres, prend, comme fait de parole, son point de d&#233;part dans l'illusion du sujet isol&#233;. L&#224; r&#233;side la solitude d'&#338;dipe, &#171; tyran &#187; malgr&#233; lui (le nom grec de la pi&#232;ce est &lt;i&gt;Oidipous turannos&lt;/i&gt;), victime de son &lt;i&gt;authadia&lt;/i&gt;, son affirmation de soi, selon le reproche que lui adresse Cr&#233;on (v. 549), m&#234;me quand il veut le bien de son peuple. La langue et ses mots sont donc, selon une conception grecque bien ancr&#233;e, dangereusement r&#233;versibles, et la trag&#233;die d'&#338;dipe donne de cette r&#233;versibilit&#233; une d&#233;finition originale : la langue est per&#231;ue comme production d'un sujet isol&#233; ou au contraire comme &#233;manation d'une collectivit&#233;. Le roi parle pourtant la m&#234;me langue que son peuple. Comment une m&#234;me langue peut-elle &#234;tre alors aussi bien v&#233;hicule du vrai que du faux ? Comment &#338;dipe peut-il ne pas entendre ce que lui dit son nom quand il le prononce lui-m&#234;me ? Comment, plus g&#233;n&#233;ralement, peut-il ne pas entendre ses propres paroles quand il multiplie les lapsus, &#233;voquant par exemple un seul meurtrier quand Cr&#233;on lui rapporte que La&#239;os aurait pr&#233;tendument &#233;t&#233; tu&#233; par plusieurs brigands (v.122 et 124) ? Comment peut-on ne pas se comprendre quand on parle la m&#234;me langue ou ne pas comprendre sa propre langue ? Comment, enfin, le spectateur peut-il entendre &#224; la fois ce que veut dire &#338;dipe et ce qu'il dit vraiment, et selon quel crit&#232;re peut-il identifier le discours juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En rester au strict plan de la langue, en appliquant des cat&#233;gories linguistiques modernes, n'aiderait pas &#224; r&#233;soudre cette question. Il serait hasardeux par exemple, sur la lanc&#233;e des travaux d'&#201;mile Benveniste, de parler d'un sujet purement cr&#233;&#233; par la langue (&#171; est ego qui dit je &#187; ) : toute subjectivit&#233; individuelle serait alors pure illusion, le seul sujet n'existant que par la langue, comme ph&#233;nom&#232;ne collectif, ressortissant davantage de l'approche anthropologique, comme objet passif d'&#233;tude, que de la cr&#233;ation litt&#233;raire, comme subjectivit&#233; pratique, active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il serait sans doute plus conforme &#224; l'esprit de la Gr&#232;ce antique de consid&#233;rer que la langue n'est que la forme sonore de l'&#233;change qui, dans la cit&#233;, met en relation tous les citoyens entre eux, dans la plus parfaite transparence. Cet &#233;change n'est pas &#224; proprement parler l'&#233;change &#233;conomique, &#233;change de biens et de services, mais la relation politique id&#233;alis&#233;e, l'unit&#233; civique, plus postul&#233;e que r&#233;elle. La vie civique pr&#233;existe toujours &#224; l'individu, comme la langue pr&#233;existe &#224; la parole, m&#234;me si c'est chaque acte de parole, dans chaque &#233;change, qui fait la r&#233;alit&#233; ind&#233;finiment constitu&#233;e de la langue comme de la vie civique. Les Grecs ne font pas pour autant pr&#233;exister une structure linguistique comme matrice : leur matrice est d'ordre politique ; elle est pratique et prospective, au sens o&#249; elle est constitutive de tout ce qui va de l'avant comme contribuant, dans la parole et conjointement dans l'action, &#224; l'unit&#233; toujours pr&#233;caire de la cit&#233;. La parole ne peut contribuer &#224; l'ordre harmonieux de la cit&#233;, qu'en &#233;tant elle-m&#234;me harmonie, c'est-&#224;-dire, au sens &#233;tymologique, adaptation, assemblage, jointoiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or, pas plus qu'il n'est capable de distinguer l'assemblage des mots qui composent son nom, &#338;dipe n'est capable d'assembler des phrases coh&#233;rentes. Ses paroles sont compr&#233;hensibles, mais, en m&#234;me temps qu'elles d&#233;livrent leur &#171; message &#187;, elles donnent des indices de la perversion de leur assemblage. Prenons un exemple de ces particularit&#233;s dont la langue d'&#338;dipe roi est truff&#233;e : devant la calme d&#233;monstration d'innocence &#224; laquelle se livre son beau-fr&#232;re Cr&#233;on injustement accus&#233;, &#338;dipe, furieux, s'&#233;crie (v. 576) : &#171; je ne serai pas confondu comme &#233;tant l'assassin &#187;, mais, le mot &#171; assassin &#187;, au nominatif, &#233;tant aussi bien sujet qu'attribut, la phrase peut parfaitement se comprendre, pour le spectateur, comme un aveu : &#171; moi, l'assassin, je ne serai pas confondu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#338;dipe conscient qui croit ma&#238;triser les choses par ses mots dit malgr&#233; lui la v&#233;rit&#233;. Faut-il conclure qu'il se trahit ? Faut-il affirmer au contraire que c'est Apollon, une voix oraculaire, qui &#233;nonce par sa bouche sa v&#233;rit&#233; ? Ni l'un ni l'autre. Derri&#232;re son affirmation d'identit&#233;, qui n'est qu'une vide exasp&#233;ration de son ips&#233;it&#233;, il y a sa v&#233;ritable identit&#233;, dont sa langue a gard&#233; comme ce qui serait la trace virtuelle : ind&#233;pendamment de la conscience qu'il en a, &#338;dipe est impliqu&#233; par la langue dans le m&#234;me jeu de relations sociales qui a fix&#233; son nom et qui &#233;nonce d'une fa&#231;on de plus en plus s&#251;re sa culpabilit&#233;, par d&#233;cantation des paroles &#233;chang&#233;es, des hypoth&#232;ses cr&#233;dibles, des impasses qu'il cr&#233;e lui-m&#234;me dans le dialogue par ses affirmations p&#233;remptoires devant le ch&#339;ur, Tir&#233;sias puis Cr&#233;on. La transparence de la vie civique, telle qu'elle se manifeste dans la langue, se porte garante de l'ultime d&#233;cantation de la v&#233;rit&#233;. &#338;dipe en sera paradoxalement d'autant plus l'acteur que la perversion des assemblages de ses mots sera entr&#233;e en collision avec les r&#232;gles de l'&#233;change de la parole civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au contraire de ce qu'il croyait au d&#233;part, les mots ne livrent donc pas l'&#233;vidence d'une v&#233;rit&#233; sensible que le roi opposait triomphalement &#224; la c&#233;cit&#233; de Tir&#233;sias. La transparence des r&#233;alit&#233;s sociales ne se d&#233;couvre que dans le temps des &#233;changes. A partir de ses &#233;changes avec Jocaste, puis avec le messager de Corinthe, et enfin avec le vieil esclave t&#233;moin aussi bien de l'exposition de l'enfant qui lui fut confi&#233; que de la rencontre funeste &#224; la crois&#233;e des chemins, &#338;dipe reconstitue la cha&#238;ne temporelle des faits en se soumettant &#224; l'ordre des mots. Les oracles, loin d'&#234;tre un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur n'agissant que pour autant qu'on y croit, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme l'expression concentr&#233;e du destin qu'&#338;dipe s'est lui-m&#234;me cr&#233;e : la m&#233;tamorphose maligne du temps en destin ; c'est dans ce sens que le roi y a &#339;uvr&#233; malgr&#233; lui. Dans le dernier &#233;pisode, le h&#233;ros aveugl&#233; prononce les plus belles tirades de la pi&#232;ce, les mieux compos&#233;es, les plus harmonieuses. Le spectateur n'a plus alors &#224; d&#233;coder avec horreur la monstruosit&#233; de son langage : il n'a plus qu'&#224; s'abandonner &#224; la piti&#233; que suscite, dans sa beaut&#233; m&#234;me, la langue retrouv&#233;e du h&#233;ros. C'est quand il acc&#232;de au vrai statut de sujet qu'&#338;dipe s'efface comme personnage et laisse place &#224; un spectateur qu'il a contribu&#233; &#224; faire acc&#233;der &#224; la pleine possession de la langue civique : la subjectivit&#233; sur sc&#232;ne n'&#233;tait que figuration inauthentique de l'acteur ostensiblement masqu&#233; ; la vraie subjectivit&#233; a travers&#233; l'orchestra dans le temps mim&#233;tique de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claude Gontran, post-doctorant de lettres classiques. Universit&#233; de Rouen&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le probl&#232;me de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; d'&#338;dipe dans &#338;dipe Roi et le concept aristot&#233;licien de &#171; nature &#187;</title>
		<link>http://www.homeros.site/spip.php?article64</link>
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&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; d'&#338;dipe dans &#338;dipe Roi et le concept aristot&#233;licien de &#171; nature &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'objet de mon m&#233;moire est l'&#233;tude du probl&#232;me de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; de l'homme dans la formation et l'organisation de la cit&#233; entendue comme communaut&#233; politique naturelle chez Aristote dans Les Politiques. Il s'agit de mettre en parall&#232;le la responsabilit&#233; d'&#338;dipe et la responsabilit&#233; de l'homme politique naturel aristot&#233;licien. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, si l'homme est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Le probl&#232;me de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; d'&#338;dipe dans &#338;dipe Roi et le concept aristot&#233;licien de &#171; nature &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'objet de mon m&#233;moire est l'&#233;tude du probl&#232;me de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; de l'homme dans la formation et l'organisation de la cit&#233; entendue comme communaut&#233; politique naturelle chez Aristote dans&lt;i&gt; Les Politiques&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de mettre en parall&#232;le la responsabilit&#233; d'&#338;dipe et la responsabilit&#233; de l'homme politique naturel aristot&#233;licien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'homme est par nature un animal politique et que la cit&#233; est une communaut&#233; politique naturelle, alors, dans quelle mesure pouvons-nous encore parler d'une libert&#233; humaine en politique chez Aristote ? Si l'homme politique est un animal naturel dans une cit&#233; naturelle, demeure-t-il encore un agent libre ? Comment ne pas en conclure que l'homme n'est pas un &#234;tre d&#233;natur&#233; lorsqu'il est dans la cit&#233; &#224; l'inverse de ce que pensent les partisans de la th&#232;se contractualiste qui fait reposer la soci&#233;t&#233; sur un contrat entre agents libres ? C'est ce concept de &#171; nature &#187; qu'il nous faudra pr&#233;ciser. Une premi&#232;re conception de la nature chez Aristote est celle qu'il fait co&#239;ncider avec la notion de fin ou cause finale. Dire que l'Homme est, par nature, un animal politique nous am&#232;ne &#224; la conclusion suivante : l'homme naturel est homme politique, homme dans la cit&#233;. R&#233;ciproquement, l'homme en dehors de la cit&#233; est contre nature. L'homme pleinement homme est celui qui r&#233;alise sa nature politique dans la cit&#233;. Par ailleurs, Aristote fait co&#239;ncider le naturel avec l'excellent et ce qu'il y a de meilleur. On reconnait le naturel au plaisir qu'il procure. Le plaisir est alors le signe du meilleur. L'excellence de l'homme r&#233;side dans une conformit&#233; avec la nature. Aristote nous propose donc une conception naturaliste de la place de l'homme dans la cit&#233;. Quelle place devons nous alors accorder au non naturel et &#224; l'artificiel ? Pouvons-nous encore parler d'un art politique chez Aristote ? Dans un second temps, Aristote utilise la notion de &#171; nature &#187; pour parler d'une tendance naturelle qui pr&#233;c&#232;de la r&#233;flexion. Elle est proche de la notion de pulsion et op&#232;re sans le consentement de l'homme, ind&#233;pendamment d'un acte de vis&#233;e intentionnel. L'excellence dans ce cas peut r&#233;sider dans la contrainte humaine exerc&#233;e sur la nature en lui. Pour r&#233;sumer, nous avons une conception de la nature comme fin (cause finale ou &lt;i&gt;t&#233;los&lt;/i&gt;), dans le cadre d'une perspective t&#233;l&#233;ologique. La nature est proche de la Raison entendue comme plan rationnel divin. Puis nous avons la nature comme tendance pr&#233;-r&#233;fl&#233;chie, &lt;i&gt;alogon&lt;/i&gt;, proche des notions de pulsion, force ou d&#233;sir et qui cette fois semble entrer en confrontation avec la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons nous affirmer d'&#338;dipe qu'il est un automate m&#251; par les dieux, subissant une volont&#233; ant&#233;rieure et transcendante ou alors qu'il est un homme libre, acteur et auteur responsable de ses actes ? Agit-il ou est-il agi ? Il s'agit pour nous, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
de tenter de d&#233;terminer si &#338;dipe, &#224; un moment donn&#233;, agit librement et d&#233;lib&#233;r&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie finaliste aristot&#233;licienne peut &#234;tre rapproch&#233;e d'une conception archa&#239;que du destin. Nous avons deux plans sym&#233;triques : un plan naturel aristot&#233;licien et un plan divin oedipien, une conception finaliste et rationaliste contre une conception fataliste. L'une semble laisser une place &#224; une intervention humaine tandis que l'autre semble condamner irr&#233;m&#233;diablement sans possibilit&#233; pour le protagoniste d'&#233;chapper &#224; la fin qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e ant&#233;rieurement. Ils ont en commun l'ant&#233;riorit&#233; de la fin et ont en partage le cadre finaliste mais divergent quant &#224; la r&#233;alisation du plan. Chez Aristote, demeure la possibilit&#233; de mal faire malgr&#233; la tendance naturelle qu'ont les hommes &#224; se regrouper et &#224; vivre en communaut&#233; alors que chez &#338;dipe, son destin semble l'&#233;craser sans laisser &#224; celui-ci la moindre chance de changer l'ordre des choses. Le risque de d&#233;viation et la possibilit&#233; pour l'homme de mal faire sont un signe de la libert&#233; humaine et qu'&#224; un moment donn&#233; dans le processus, il incombe &#224; lui-m&#234;me de r&#233;aliser ses potentialit&#233;s politiques. En revanche, chez &#338;dipe, il ne semble y avoir aucune ouverture, aucune marge de man&#339;uvre laiss&#233; au protagoniste. Peut-on encore parler d'un vrai protagoniste ? Tout semble jou&#233; d'avance chez &#338;dipe ; rien ne semble vraiment d&#233;pendre de lui. Dans &lt;i&gt;Les Politiques&lt;/i&gt;, Aristote fait reposer sur l'homme un devoir de r&#233;alisation. Cette exigence presque morale pour l'homme de r&#233;aliser excellemment ses disponibilit&#233;s politiques naturelles n&#233;cessite au pr&#233;alable d'admettre une part de hasard dans les affaires humaines. Il incombe &#224; l'homme de se donner les moyens de r&#233;aliser cette fin. Malgr&#233; le cadre rationnel du plan naturel finaliste qui fait dire &#224; Aristote que la nature ne fait rien en vain, celui-ci n'omet pas de poser la th&#232;se de l'homme comme principe des choses futurs. Aristote pose comme pr&#233;alable &#224; une intervention humaine authentique la pr&#233;sence d'un monde impr&#233;gn&#233; de hasard, celui des affaires humaines, qu'Aristote qualifie aussi de monde sublunaire. Cela lui permet d'attribuer &#224; l'homme un vrai pouvoir d'action dans un cadre rationaliste, finaliste et naturel alors que Sophocle semble clore les perspectives d'avenir de ses h&#233;ros. La conception de l'homme comme principe de choses futures demeure le propre de l'&#233;thique aristot&#233;licienne. La perspective dramaturgique fait du futur un &#233;l&#233;ment connu qui s'annonce et se r&#233;alise inexorablement, ind&#233;pendamment des tentatives humaines de le changer. Les hommes peuvent d&#233;lib&#233;rer, &#234;tre en proie a l'inqui&#233;tude &#224; l'angoisse et au doute mais la fin se r&#233;alise toujours. En revanche, m&#234;me si la nature comme force pr&#233;-r&#233;fl&#233;chi e pousse l'homme vers une fin pr&#233;d&#233;termin&#233;e qui est ce qu'il y a de meilleur pour lui, les perspectives d'avenir restent ouvertes chez Aristote. L'Homme a des pr&#233;dispositions politiques. Il est pr&#233;par&#233; pour cela mais peut d&#233;vier, &#233;chouer ou r&#233;ussir. Il lui incombe de r&#233;aliser par un effort, par une intervention, une d&#233;lib&#233;ration ce dont il dispose virtuellement. C'est dans cette intervention humaine que r&#233;side l'artificiel, la cr&#233;ation humaine et l'art politique. La nature aristot&#233;licienne ne d&#233;termine pas ni n'opprime mais laisse une marge de man&#339;uvre qui correspond au degr&#233; d'erreur possible. C'est l&#224; la preuve qu'il y a quelque chose qui d&#233;pend de l'homme. Le naturel c&#232;de la place au non-naturel. La nature pr&#233;pare l'artificiel. L'artificiel prend le relais de la nature. La nature rationnelle qui ne fait rien en vain conf&#232;re &#224; l'homme la t&#226;che d'achever son &#339;uvre en r&#233;alisant sa fin politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pouvons-nous, dans le cas d'&#338;dipe, affirmer de lui qu'il est &#224; l'origine de ses d&#233;cisions comme le serait un sujet libre et autonome ? Notre th&#232;se est que dans &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, les protagonistes ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme des sujets autonomes que l'on pourrait prendre individuellement et couper du reste de la trame de l'&#339;uvre. En effet, certains passages peuvent t&#233;moigner en faveur d'une libre action des personnages notamment chez &#338;dipe et sur la question de son accession au tr&#244;ne. Au d&#233;but de l'&#339;uvre, le pr&#234;tre rappel l'exploit pass&#233; d'&#338;dipe qui lui a valu le droit de r&#233;gner sur Th&#232;bes. C'est bien par un acte h&#233;ro&#239;que qu'&#338;dipe a d&#233;livr&#233; la cit&#233; des chants funestes de la sphinx. Peut-on consid&#233;rer &#338;dipe comme un h&#233;ros ? Lorsque le pr&#234;tre dit : &#171; ni moi ni ces enfants ne t'&#233;galons devant les dieux &#187;, il s'agit bien de rendre un hommage &#224; &#338;dipe pour la bravoure et la sagacit&#233; dont il a su faire preuve jadis. &#338;dipe ayant fait la preuve de sa valeur dans l'&#233;preuve de la sphinx se trouve &#234;tre habilit&#233; et l&#233;gitim&#233; par tout un peuple pour exercer l'autorit&#233; souveraine sur la cit&#233;. De plus : &#171; &#244; toi le meilleur des humains &#187; s'adressant &#224; &#338;dipe. Il est un roi estim&#233;. &#171; Ce pays aujourd'hui t'appelle son sauveur, pour l'ardeur &#224; le servir que tu lui montras nagu&#232;re &#187;. &#338;dipe est pr&#233;sent&#233; comme le sauveur, toutefois, &#224; quel degr&#233; devons-nous lui attribuer le m&#233;rite de sa valeur et lui imputer la responsabilit&#233; de ses actes ? Il semblerait que la venue d'&#338;dipe ob&#233;isse &#224; une volont&#233; sup&#233;rieure ; ainsi il est pr&#233;sent&#233; comme l'homme providentiel, le sauveur de Th&#232;bes. On ne manquera pas de noter la connotation religieuse de ces expressions. Lorsque le pr&#234;tre d&#233;clare : &#171; ni moi ni ces enfants ne t'&#233;galons devant les dieux &#187;, il semble bien qu'&#338;dipe soit l&#233;gitim&#233; aussi en partie parce qu'il est pr&#233;sent&#233; comme l'&#233;lu des dieux et le d&#233;positaire d'une volont&#233; transcendante qui l'autorise &#224; r&#233;gner l&#233;gitimement sur Th&#232;bes. Cela nous am&#232;ne &#224; nous demander si &#338;dipe n'est pas monarque de droit divin. D'autre part nous avons dans le texte : &#171; c'est par l'aide d'un dieu- chacun le dit, chacun le pense- que tu as su relever notre fortune. &#187; L'autorit&#233; d'&#338;dipe lui vient des dieux. Il n'est que l'instrument de la volont&#233; des dieux. Sophocle ne fait pas place &#224; l'individualit&#233;, et comme chez ses contemporains, c'est le tout qui prime sur les parties. Notre th&#232;se est que le vrai protagoniste est l'intrigue que l'on voit se nouer puis se d&#233;nouer. Les h&#233;ros sont fondus dans la trame et il ne nous est pas possible de les en extraire. Ils sont soumis &#224; cette force inexorable du destin. M&#234;me quand &#338;dipe semble agir, il se fait l'auteur malgr&#233; lui de sa d&#233;ch&#233;ance en tombant sous les coups de son impr&#233;cation. Or le fait-il intentionnellement ? Un d&#233;calage perdure entre &#338;dipe et le tueur de La&#239;os qui demeurent deux personnes diff&#233;rentes jusqu'au d&#233;nouement final. Est-il encore l'auteur de sa d&#233;cision s'il ignore &#234;tre le meurtrier de La&#239;os au moment o&#249; il prof&#232;re ses menaces ? Dans cette confusion des personnes et des intentions, dans cet enchainement presque causal des actions pouvons-nous encore entrevoir la pr&#233;sence d'une libert&#233; humaine ? Ce qui prime, c'est le plan divin. Ce plan global, cette volont&#233; divine qui co&#239;ncide avec l'intrigue qui, au fond, demeure le c&#339;ur de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christopher Caron&lt;/strong&gt;, &#233;tudiant en philosophie, Universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Subjectivit&#233; et virtuel dans Oedipe Roi de Sophocle</title>
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&lt;p&gt;Le &#171; Je &#187; dans le jeu : essai sur la constitution de la subjectivit&#233; dans le virtuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mise en rapport avec &#171; &#338;dipe Roi &#187; de Sophocle. &lt;br class='autobr' /&gt; L'analyse que nous proposerons ici aura pour fil conducteur le probl&#232;me du virtuel dans la pi&#232;ce de Sophocle, &#338;dipe Roi. Au cours de ce travail, nous soutiendrons l'id&#233;e selon laquelle le virtuel prend place dans la trag&#233;die, non de fa&#231;on ponctuelle, mais tout au long de celle-ci. L'enjeu sera de mettre en &#233;vidence le processus dynamique qui se d&#233;ploie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Le &#171; Je &#187; dans le jeu : essai sur la constitution de la subjectivit&#233; dans le virtuel.
&lt;p&gt;Mise en rapport avec &#171; &#338;dipe Roi &#187; de Sophocle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	L'analyse que nous proposerons ici aura pour fil conducteur le probl&#232;me du virtuel dans la pi&#232;ce de Sophocle,&lt;i&gt; &#338;dipe Roi&lt;/i&gt;. Au cours de ce travail, nous soutiendrons l'id&#233;e selon laquelle le virtuel prend place dans la trag&#233;die, non de fa&#231;on ponctuelle, mais tout au long de celle-ci. L'enjeu sera de mettre en &#233;vidence le processus dynamique qui se d&#233;ploie dans la pi&#232;ce et qui pose celle-ci comme constituant h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;tique du d&#233;ploiement, sous-jacent au jeu que nous d&#233;finirons &#224; terme comme l'objet virtuel virtualisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous devons d&#232;s &#224; pr&#233;sent, pour pallier d'&#233;ventuelles questions, d&#233;finir la notion de virtuel que l'opinion commune d&#233;finit, &#224; tort, comme l'oppos&#233; du r&#233;el. En effet, selon la d&#233;finition de P. L&#233;vy dans l'ouvrage &lt;i&gt;Qu'est ce que le virtuel ?&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre L&#233;vy, Qu'est-ce que le virtuel ?, Paris, La D&#233;couverte, coll. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est &#224; l'actuel que s'oppose le virtuel, l&#224; o&#249; le possible est en rapport avec le r&#233;el. Il nous faut comprendre que le possible est ce qui se r&#233;alisera sans que rien ne change dans sa d&#233;termination ou dans sa nature ; en ce sens il est donc comme le r&#233;el, except&#233; qu'il lui manque l'existence. Or, le virtuel n'est pas comme l'actuel, il est un n&#339;ud de force accompagnant n'importe qu'elle entit&#233; et qui appelle un processus de r&#233;solution : l'actualisation. De fait, le virtuel doit &#234;tre envisag&#233; comme un questionnement g&#233;n&#233;ral qui appelle une solution particuli&#232;re non d&#233;termin&#233;e faisant de l'actuel un surgissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;tude qui suivra se d&#233;roulera en trois parties successives traitant tout d'abord du probl&#232;me du virtuel concernant le personnage d'&#338;dipe. Par la suite, nous nous pencherons sur la question de l'ind&#233;termination de la nature des &#233;v&#233;nements constitutifs de la pi&#232;ce qui oscillent entre possible et virtuel. Pour terminer, nous verrons dans quelle mesure la pi&#232;ce fait &#233;tat d'une h&#233;t&#233;rogen&#232;se constitutive d'un processus dynamique de transmutation des modalit&#233;s de l'&#202;tre. &lt;br class='autobr' /&gt; La probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale qui nous occupera consistera &#224; nous demander comment comprendre que la pi&#232;ce de Sophocle, bien qu'elle semble se situer dans l'espace du r&#233;el en &#233;tant jou&#233;e ou en s'attachant &#224; un support mat&#233;riel, puisse faire &#233;tat d'une dimension virtuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I/ &#338;dipe et le probl&#232;me de la personne virtuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout d'abord, nous devons remarquer que le probl&#232;me de la personne intervient d&#232;s le d&#233;but de la pi&#232;ce, lorsqu'&#338;dipe s'engage &#224; d&#233;couvrir qui est le meurtrier de La&#239;os. C'est la fa&#231;on qu'&#224; &#338;dipe de s'exprimer qui renforce cette id&#233;e, en &#233;voquant le meurtrier par l'utilisation du &#171; il &#187; ou encore par l'emploi du terme &#171; lui &#187;. Or, par anticipation nous savons que ce meurtrier n'est autre qu'&#338;dipe lui-m&#234;me, ce qui nous engage &#224; nous demander si nous avons &#224; faire &#224; une ou deux personnes et &#224; savoir quel est le statut de cette ou ces personne(s) ?&lt;br class='autobr' /&gt; Reprenant la d&#233;finition du concept de personne &#233;tabli par S. Chauvier dans l'ouvrage &lt;i&gt;Qu'est ce qu'une personne ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Chauvier. Qu'est-ce qu'une personne ? Vrin, &#171; Chemins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous pouvons avancer que la personne ne peut se d&#233;finir par son hypostase (ou substance). En effet, S. Chauvier met en &#233;vidence qu'une personne se caract&#233;rise par le fait de formuler des propositions &#233;gologiques, autrement dit, par sa capacit&#233; &#224; &#234;tre consciente de soi tout en pensant &#224; soi comme un &#171; Je &#187;. Un individu est donc une personne d&#232;s lors qu'il est en mesure de s'attribuer une gamme de pr&#233;dicats en premi&#232;re personne. Si la seule hypostase se r&#233;v&#232;le insuffisante s'est qu'elle laisse la possibilit&#233; d'un surgissement de plusieurs personnes en son sein, comme le montre l'exemple de &#171; Dr Jeckyl et Mr Hide &#187; qui sont bien des personnes distinctes d&#232;s lors qu'elles peuvent successivement dire &#171; Je &#187; tout en r&#233;sidant pourtant dans le m&#234;me corps physique. De fait, concernant &#338;dipe Roi, nous pouvons nous demander si nous n'avons pas &#224; faire &#224; deux personnes, &#338;dipe roi de Th&#232;bes et &#338;dipe meurtrier, munis d'une m&#234;me hypostase.&lt;br class='autobr' /&gt; Il ne semble pas que nous soyons dans cette configuration dans la mesure o&#249; une seule des deux est d&#233;sign&#233;e par le &#171; je &#187; alors que l'autre l'est par le &#171; il &#187;. Par cons&#233;quent, il para&#238;t plus probable de penser qu'&#338;dipe Roi est la personne qui existe r&#233;ellement, alors qu'&#338;dipe meurtrier n'est qu'un individu attendant d'&#234;tre d&#233;couvert. De cette fa&#231;on, nous pouvons dire qu'&#338;dipe meurtrier n'est une personne que virtuellement, attendant les conditions de possibilit&#233; de son actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
II/ L'ind&#233;termination de la nature des &#233;v&#233;nements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous devons remarquer qu'il est difficile de d&#233;finir clairement un d&#233;coupage pr&#233;cis de la pi&#232;ce faisant &#233;tat de la nature de chacun des &#233;v&#233;nements qui s'y produisent. En effet, si l'on se r&#233;f&#232;re au passage particulier de l'&#233;nigme de la Sphinx, nous pouvons penser qu'il s'agit ici de la mise en &#233;vidence d'un questionnement g&#233;n&#233;ral attendant une solution particuli&#232;re qu'apporte &#338;dipe en r&#233;pondant correctement. Par cons&#233;quent, d'un passage du virtuel &#224; l'actuel. &lt;br class='autobr' /&gt; Cependant, il pourrait tout aussi bien s'agir du possible passant au statut de r&#233;el, si l'on envisage que la r&#233;solution de l'&#233;nigme faisait partie des pr&#233;dictions des oracles et qu'elle &#233;tait donc pr&#233;d&#233;termin&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, cette ind&#233;termination entre possible et virtuel, qui engage a fortiori une ind&#233;termination entre r&#233;el et actuel, couvre toute l'&#339;uvre par la seule question qui consiste &#224; se demander si &#338;dipe est victime ou responsable de ce qui lui arrive. En effet, le tragique r&#233;side-t-il dans le fait que nous ayons &#224; faire &#224; un malheureux, victime d'un destin implacable et pr&#233;d&#233;termin&#233;, qui ne peut que se contenter d'observer la r&#233;alisation de la proph&#233;tie ? ou r&#233;side-t-il plut&#244;t dans le fait qu'&#338;dipe, dans sa tentative d'&#233;mancipation du d&#233;terminisme, s'engage &#224; produire lui-m&#234;me les conditions de possibilit&#233; de l'&#233;mergence de la fatalit&#233; qui n'&#233;tait que virtuellement pr&#233;sente et aurait pu s'actualiser tout autrement ?&lt;br class='autobr' /&gt; Si la pi&#232;ce de Sophocle peut engager ces questions, c'est en partie parce que la perspective, qui consiste &#224; penser le virtuel, l'actuel, le possible et le r&#233;el comme quatre modes distincts et stables, est encore trop restrictive. Afin de r&#233;soudre ces difficult&#233;s nous postulerons en faveur d'un processus dynamique de transmutation des modalit&#233;s de l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III/ La pi&#232;ce comme exposition d'un processus dynamique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous venons de le voir, si la pi&#232;ce r&#233;v&#232;le une ind&#233;termination de la nature des &#233;v&#233;nements qui s'y produisent, c'est en partie &#224; cause d'une perspective trop restrictive. En effet, l'usage de notions telles que virtuel, actuel, possible et r&#233;el suppose une inertie de l'&#233;v&#233;nement. Or, un &#233;v&#233;nement s'inscrit dans une dynamique de d&#233;ploiement d&#232;s lors qu'il engage une dimension interpr&#233;tative, significative, en tant que v&#233;cu pour le sujet qu'il affecte. D'une certaine fa&#231;on, nous pouvons dire que l'&#233;v&#233;nement est l'av&#232;nement du sujet en tant qu'il engage celui-ci, non pas dans une relation objective &#224; ce qui l'affecte, mais, dans un rapport &#224; lui-m&#234;me. Par cons&#233;quent, nous devons pr&#233;f&#233;rer la terminologie de virtualisation, d'actualisation, de potentialisation et de r&#233;alisation qui rendrait compte des modalit&#233;s changeantes se succ&#233;dant continuellement de l'&#202;tre, et de l'engagement de l'&#233;v&#233;nement dans un processus dynamique. &lt;br class='autobr' /&gt; En nous attachant au personnage d'&#338;dipe, ind&#233;pendamment des pr&#233;dicats qu'on pourrait lui attribuer (roi ou meurtrier), nous pouvons relever que l'&#233;l&#233;ment irr&#233;ductible qui le caract&#233;rise est le &#171; je &#187;. De fait, c'est cet &#233;l&#233;ment qui traverse les diff&#233;rentes modalit&#233;s et qui engage la succession de pr&#233;dications diff&#233;rentes. Par cons&#233;quent, il semble que nous pouvons consid&#233;rer qu'&#338;dipe se r&#233;v&#232;le un centre dynamique inscrit au sein d'un processus qui traverse la pi&#232;ce.&lt;br class='autobr' /&gt; Si nous nous penchons sur la pi&#232;ce en elle-m&#234;me, nous pouvons remarquer qu'elle fait &#233;tat de toute les caract&#233;ristiques de la virtualisation d&#233;finies par P. L&#233;vy. En effet, elle met en &#233;vidence &#171; l'effet Moebius &#187; puisque chaque spectateur peut constituer la pi&#232;ce comme objet de son propre v&#233;cu et en m&#234;me temps, la pi&#232;ce engage chacun d'eux &#224; cr&#233;er leur propre interpr&#233;tation et donation de sens vis-&#224;-vis d'elle. Ensuite, la pi&#232;ce fait &#233;tat de la &#171; r&#233;versibilit&#233; du public et du priv&#233; &#187; d&#232;s lors que la situation propre &#224; &#338;dipe est r&#233;investie par le public et qu'en m&#234;me temps, le public par ses interpr&#233;tations multiples investit la pi&#232;ce en proposant diverses possibilit&#233;s de compr&#233;hension de celle-ci. Enfin, la pi&#232;ce fait &#233;tat du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; d&#233;territorialisation &#187; d&#232;s lors qu'elle engage le spectateur &#224; sortir de l'&#171; ici et maintenant &#187; de son effectuation, c'est-&#224;-dire d&#232;s lors qu'elle engage le spectateur dans une r&#233;flexion sur ce qu'il observe tout en l'ouvrant au-del&#224; d'elle-m&#234;me, au-del&#224; de sa spatialit&#233; et de sa temporalit&#233;. Par cons&#233;quent, la pi&#232;ce est h&#233;t&#233;rogen&#232;se dans la mesure o&#249; sa modalit&#233; virtualisante encourage la cr&#233;ation de la nouveaut&#233;, du surgissement des interpr&#233;tations, de leur potentialisation par la rationalisation et de leur r&#233;alisation par les divers travaux qui prennent corps. &lt;br class='autobr' /&gt; En dernier lieu, nous devons admettre que la modalit&#233; virtualisante de la pi&#232;ce repose essentiellement sur le jeu. En effet, c'est par le jeu que la pi&#232;ce r&#233;alise son &#202;tre h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;tique puisque le jeu lui-m&#234;me r&#233;v&#232;le les m&#234;mes caract&#233;ristiques. &#171; L'effet Moebius &#187; en tant que l'acteur vit son personnage tout en cr&#233;ant son interpr&#233;tation du personnage ; la &#171; r&#233;versibilit&#233; du publique et du priv&#233; &#187; en tant que l'acteur rend publique la situation priv&#233;e qu'est celle d'&#338;dipe, tout en s'appropriant de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e le retour qu'offrent les spectateurs par rapport &#224; la prestation du jeu ; et le ph&#233;nom&#232;ne de &#171; d&#233;territorialisation &#187; en ce que l'acteur va au-del&#224; de la situation incarn&#233;e spatiale et temporelle du Moi et s'ouvre sur un autre, &#338;dipe en l'occurrence, dans un autre lieu et un autre temps. &lt;br class='autobr' /&gt; Cependant, si nous donnons la primaut&#233; au jeu, c'est parce que celui-ci r&#233;v&#232;le quelque chose de plus qui fait d&#233;faut &#224; la pi&#232;ce seule, &#224; savoir que le jeu a pour caract&#233;ristique essentielle d'&#234;tre non pas seulement virtualisant, mais objet virtuel virtualisant. En effet, par sa nature seule le jeu est l'activit&#233; dot&#233;e d'un temps et d'un espace qui lui sont propres par laquelle le sujet &#233;chappe aux contraintes du principe de r&#233;alit&#233;, comme le d&#233;finit R. Caillois dans l'ouvrage &lt;i&gt;Les jeux et les hommes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Caillois, Les jeux et les hommes, Gallimard, Paris, 1958&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par cons&#233;quent, par nature, le jeu est virtuel puisqu'il situe toujours d&#233;j&#224; le sujet dans un hors de l'&#171; ici et maintenant &#187;, ayant pour propri&#233;t&#233; d'&#234;tre virtualisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous pouvons donc r&#233;pondre &#224; notre probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale en affirmant que la dimension virtuelle peut &#234;tre comprise dans&lt;i&gt; &#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, d&#232;s lors que la pi&#232;ce est h&#233;t&#233;rogen&#232;se cr&#233;ant une ouverture sur d'autres modalit&#233;s d'&#202;tre, dans la mesure o&#249; elle est porteuse de la dimension principielle du jeu qui s'incarne lui-m&#234;me comme &#233;tant un virtuel virtualisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; Ludovic Jouis, &#233;tudiant en philosophie, Universit&#233; de Rouen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre L&#233;vy, Qu'est-ce que le virtuel ?, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#034;Sciences et soci&#233;t&#233;&#034;, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Chauvier. Qu'est-ce qu'une personne ? Vrin, &#171; Chemins Philosophiques &#187;, 2001&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Caillois, Les jeux et les hommes, Gallimard, Paris, 1958&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'espace th&#233;&#226;tral dans Oedipe-Roi de Sophocle</title>
		<link>http://www.homeros.site/spip.php?article58</link>
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		<dc:date>2009-01-11T13:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Jardins, espaces, topographie d'Oedipe-Roi&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le cadre de mon m&#233;moire sur les jardins romains dans l'Antiquit&#233;, j'ai cherch&#233; &#224; lier la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;&#338;dipe-Roi&lt;/i&gt;, au jardin en tant qu'espace de repr&#233;sentation pouvant donner lieu &#224; des mises en sc&#232;ne. Dans certains parcs antiques, la nature pouvait donner lieu &#224; un v&#233;ritable spectacle. En effet, le jardin est un d&#233;cor mouvant : comme au th&#233;&#226;tre, nous assistons aux entr&#233;es et sorties des personnages qui sont ici les saisons. Dans les parcs &#224; gibier, par exemple, la nature pouvait parfois &#234;tre mise en sc&#232;ne. Ainsi, en plein repas, les convives pouvaient soudain se retrouver entour&#233;s d'une multitude d'animaux apr&#232;s que le ma&#238;tre des lieux leur eut donn&#233; le signal (&lt;i&gt;Res Rusticae&lt;/i&gt;, III, 13, Varron)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il a sur le territoire de Laurente un bois de plus de cinquante arpents, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la nature qui joue, ici, le r&#244;le de protagoniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jardin, nous l'avons vu est un lieu de mise en sc&#232;ne, une sorte d'espace sc&#233;nique o&#249; les personnages sont en perp&#233;tuel mouvement et peuvent donner la place &#224; d'autres personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette optique que je me suis int&#233;ress&#233;e aux lieux pr&#233;sents dans &lt;i&gt;&#338;dipe-Roi&lt;/i&gt; : lieux g&#233;ographiques, lieux de pouvoirs politiques ou religieux, et enfin, lieux tragiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.Les lieux g&#233;ographiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les personnages sont inscrits dans des espaces r&#233;els que connaissent les spectateurs de l'&#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tout d'abord, le lieu o&#249; se d&#233;roule la pi&#232;ce, Th&#232;bes qui n'est jamais nomm&#233;e directement. En effet, dans le prologue, elle est associ&#233;e, sous forme de p&#233;riphrase par le pr&#234;tre de Zeus, &#224; Cadmos, son fondateur (&#171; astu Kadmeion &#187; v.35, la ville de Cadmos ). Certains mots la d&#233;signent en tant que lieu politique, &#171; polis &#187;, la cit&#233; (v.22) ou en tant que terre nourrici&#232;re, &#171; chtonos &#187;, la terre (v.25) ou encore en tant que terre sur laquelle &#338;dipe r&#232;gne, &#171; g&#234; &#187; (v. 47) ou &#171; g&#234;s &#187; (v.54). La ville nous est d&#233;crite par ses lieux de pouvoirs : &#171; agoraisi &#187; (v. 20), les places de Th&#232;bes, &#171; pros te Pallados diplois naois &#187; (v.20-21), &#171; devant les temples consacr&#233;s &#224; Pallas &#187; ou par un lieu en rapport avec le crime, lieu o&#249; se trouvait la Sphinge quand &#338;dipe est entr&#233; dans Th&#232;bes pour la premi&#232;re fois, d&#233;sign&#233; par un d&#233;ictique aux vers 391-392, &#171; enthad&#233; &#187;, &#171; ici m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; puis, les lieux &#233;voqu&#233;s dans la pi&#232;ce et qui ont une importance dans la r&#233;solution de l'&#233;nigme : le Cith&#233;ron, Corinthe, Delphes, la Phocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les lieux que nous venons de mentionner sont pour certains des lieux de pouvoirs politique et religieux, et ce sera l'objet de ma deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; II.Les lieux de pouvoirs politique et religieux. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le prologue s'ouvre sur un lieu politique : le palais (lieu du pouvoir royal), ses marches,&#171; edras &#187; (v.2 et 3), sur lesquelles sont assis les enfants suppliants, repr&#233;sentants du peuple et de la ville (le lieu du peuple), &#171; polis &#187; (v.4). Les enfants, par leur place dans l'espace sc&#233;nique se trouvent ainsi en position d'inf&#233;riorit&#233; face &#224; leur roi, &#338;dipe, qui, debout, sur une estrade symbolisant le seuil du palais, est sur&#233;lev&#233; par rapport &#224; eux. Au d&#233;but du second &#233;pisode, &#338;dipe r&#233;appara&#238;t sur le seuil du palais et se r&#233;pand en injures contre Cr&#233;on qu'il aper&#231;oit et le rel&#232;gue au rang de tra&#238;tre. On peut imaginer Cr&#233;on s'appr&#234;tant &#224; franchir le seuil du palais et &#338;dipe, ne lui permettant pas de le franchir, une mani&#232;re pour &#338;dipe de rappeler &#224; Cr&#233;on qu'il s'agit de son palais, symbole du pouvoir qu'il incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une certaine hi&#233;rarchie est respect&#233;e. Le pouvoir religieux est ici symbolis&#233; par la place que tient le pr&#234;tre au milieu des enfants, comme la didascalie nous le pr&#233;cise et, par l'&#233;vocation des temples consacr&#233;s &#224; Pallas qui se trouvent sur l'agora de Th&#232;bes (v.20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les lieux ext&#233;rieurs mentionn&#233;s dans l'&#339;uvre ont aussi un pouvoir politique et religieux : Delphes est le sanctuaire, le lieu de l'oracle. D'ailleurs, &#338;dipe y envoie Cr&#233;on (v.70, &#171; es ta Puthica &#187;) et lui-m&#234;me, en qu&#234;te de ses origines, y &#233;tait all&#233; lorsqu'il avait quitt&#233; Corinthe (v.788). Quant &#224; Corinthe, elle est un lieu de pouvoir politique puisqu'elle est le royaume de Polybe, p&#232;re adoptif d'&#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les personnages peuvent &#234;tre &#233;cart&#233;s parfois des lieux de pouvoirs par la volont&#233; d'autres personnages ou par leur propre volont&#233;.Ils sont contraints &#224; l'exil. Tout d'abord, &#338;dipe veut y contraindre Cr&#233;on , en tout cas, en &#233;voque la possibilit&#233; : (v.639-643), &#171; g&#234;s ap&#244;sai patridos &#187;, &#171; m'&#233;loigner de mon pays &#187;. C'est aussi le sort que r&#233;serve &#338;dipe aux assassins de La&#239;os (v. 309, &#171; phugadas &#187;, &#171; exil &#187;). Puis c'est &#338;dipe lui-m&#234;me qui &#233;voque la possibilit&#233; de son exil, quand le ch&#339;ur s'adresse &#224; lui apr&#232;s l'ag&#244;n qui l'a oppos&#233; &#224; Cr&#233;on (v.659 &#171; phugein ek t&#234;sd&#233; g&#234;s &#187;, &#171; &#234;tre exil&#233; de cette terre &#187;). A la mort de Jocaste, il en arrive m&#234;me &#224; le souhaiter avec &#171; rips&#244;n &#187;, &#171; m'exilant &#187;, de &#171; ript&#244; &#187;, &#171; jeter, rejeter, lancer au loin &#187; (v.1290), terme r&#233;utilis&#233; au vers 1436 et qui, parce qu'il est un terme concret incombant un geste physique (contrairement &#224; &#171; phugadas &#187;, terme abstrait d&#233;signant la sentence politique en elle-m&#234;me), renforce le tragique de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les lieux de pouvoir peuvent contribuer au tragique de la pi&#232;ce et &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des lieux tragiques, c'est ce que j'aborderai en troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III.Les lieux tragiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les marches du palais participent au tragique de la pi&#232;ce puisque ce sont sur elles que sont assis les suppliants qui viennent demander, au d&#233;but du prologue, &#224; &#338;dipe de sauver leur cit&#233;. Le tragique est renforc&#233; par la mani&#232;re dont la souffrance de la cit&#233; nous est d&#233;crite, tout d'abord avec la m&#233;taphore maritime aux vers 22-23 : &#171; saleuei &#187;, signifiant &#171; &#234;tre agit&#233;e d'un mouvement de roulis &#187; ou &#171; salou &#187;, &#171; l'agitation des flots &#187;, puis, avec l'image de la st&#233;rilit&#233; dont la terre est atteinte avec l'anaphore &#171; phtinousa &#187; (v.25-26), &#171; se consumant, p&#233;rissant &#187;. La perte de la f&#233;condit&#233; est une des pr&#233;occupations du pr&#234;tre, dans le prologue, notamment, celle de la nature (&#171; kaluxin encarpois chtonos &#187;, &#171; la terre en ses germes qui produisent des fruits &#187;). La f&#233;condit&#233; de la nature c'est un th&#232;me qui , &#224; l'&#233;poque cic&#233;ronienne, tiendra &#224; c&#339;ur Varron, notamment, dans son ouvrage &lt;i&gt;Res Rusticae&lt;/i&gt;, au livre I, quand il parle de l'Italie comme d'une terre prosp&#232;re et frugif&#232;re. Varron va m&#234;me jusqu'&#224; rapprocher dans &lt;i&gt;De sermone latino&lt;/i&gt;, l'&#233;tymologie de &#171; hortus &#187;, &#171; le jardin &#187;, de &#171; orior &#187;, &#171; na&#238;tre &#187;. Le jardin est pour lui, le lieu de la f&#233;condit&#233;. Th&#232;bes, est donc, comme nous l'avons vu atteinte physiquement. D'ailleurs, la m&#233;taphore de la maladie dont souffre Th&#232;bes en atteste : &#224; trois reprises, &#338;dipe &#233;voque la souffrance de la cit&#233; en y associant celle du peuple &#224; la sienne : v.60-61, &#171; noseite &#187;, &#171; nosountes &#187;, &#171; nosei &#187; de &#171; nose&#244; &#187; qui signifie &#171; &#234;tre malade &#187;. Et c'est &#338;dipe qui peut gu&#233;rir le mal qui ronge Th&#232;bes, il est le m&#233;decin de la cit&#233; et lui propose un rem&#232;de &#171; iasin &#187;,v.68, que Cr&#233;on est parti chercher &#224; Pyth&#244;. Mais, malheureusement, la cit&#233;, selon Phoebos est atteinte d'un mal &#171; an&#234;keston &#187;, v.98, c'est-&#224;-dire &#171; incurable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Certains lieux dans la pi&#232;ce sont des lieux tragiques en ce qu'ils sont li&#233;s au crime. Tout d'abord, Th&#232;bes y est associ&#233;e puisque les criminels, selon Apollon, s'y trouvent (v.110). Puis, certains lieux sont &#233;voqu&#233;s par &#338;dipe qui m&#232;ne l'enqu&#234;te, comme &#233;tant des lieux o&#249; se serait peut-&#234;tre d&#233;roul&#233; le crime : v.112, &#171; en oikois &#187;, &#171; chez lui &#187;, &#171; en agrois &#187;, &#171; &#224; la campagne &#187;, &#171; g&#234;s ep'all&#234;s &#187;, &#171; hors du pays &#187;. L'hypoth&#232;se est avanc&#233;e par Cr&#233;on que ce serait sur la route qui le menait &#224; l'oracle que La&#239;os aurait &#233;t&#233; assassin&#233; (v.115). Mais, Jocaste, par la suite va annoncer &#224; &#338;dipe que La&#239;os a &#233;t&#233; tu&#233; au pays de la Phocide, au carrefour de deux chemins, l'un venant de Delphes, l'autre de Daulia (second &#233;pisode). Enfin, le lieu o&#249; s'accomplit une partie de l'oracle, par cons&#233;quent, une partie du crime, c'est le palais et plus particuli&#232;rement la chambre nuptiale o&#249; &#338;dipe et sa m&#232;re, Jocaste ont engendr&#233; des enfants (accomplissement du crime incestueux), cette chambre o&#249; &#338;dipe avait lui-m&#234;me &#233;t&#233; con&#231;u par Jocaste et La&#239;os, o&#249; Jocaste se pend et o&#249; &#338;dipe se cr&#232;ve les yeux par refus de voir l'horreur de son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la pi&#232;ce apparaissent des lieux d'ironie tragique : le Cith&#233;ron o&#249; &#338;dipe aurait d&#251; p&#233;rir pour que l'oracle ne s'accomplisse pas, Corinthe o&#249; &#338;dipe pense qu'il est n&#233; et qu'il quitte croyant pouvoir d&#233;jouer l'oracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous ces lieux que je viens d'&#233;voquer sont cit&#233;s par les personnages dans un lieu unique qui est le lieu sc&#233;nique qui lui aussi contribue au tragique de la pi&#232;ce.&lt;br class='autobr' /&gt; L'espace sc&#233;nique est un lieu qui assiste aux entr&#233;es et sorties de ses personnages. Pour reprendre l'image que j'avais employ&#233;e dans mon introduction, il est comme le jardin qui voit entrer et sortir les saisons. A chaque moment important dans l'avanc&#233;e de l'enqu&#234;te, &#338;dipe est sur sc&#232;ne :&#338;dipe rencontre Tir&#233;sias qui lui annonce que c'est lui le criminel m&#234;me s'il ne veut pas l'entendre. La stichomythie entre Cr&#233;on et &#338;dipe fait venir Jocaste sur sc&#232;ne qui tente d'apaiser les tensions et apporte &#224; &#338;dipe un nouvel &#233;l&#233;ment &#224; l'enqu&#234;te : le lieu du crime. Quand arrive le Corinthien, &#338;dipe sort du palais et le rejoint : c'est alors qu' &#338;dipe d&#233;couvre que son p&#232;re n'&#233;tait pas Polybe mais que trouv&#233; au Cith&#233;ron, il fut remis des mains d'un berger, serviteur de La&#239;os au Corinthien. Avant que s'engage ce dialogue, Jocaste &#233;tait rentr&#233;e dans le palais de peur de d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233;, le palais, espace clos, intime, ferm&#233; aux yeux du spectateur en opposition avec l'espace sc&#233;nique, lieu ouvert o&#249; l'enqu&#234;te que m&#232;ne Oedipe se d&#233;roule sous le regard du spectateur. Dans l'exodos, on apprend par le biais d'un messager sortant du palais, la mort de Jocaste, la mort n'&#233;tant pas montr&#233;e sur sc&#232;ne. Juste avant, &#338;dipe &#233;tait rentr&#233; dans le palais et s'y &#233;tait crev&#233; les yeux. Lorsqu' &#338;dipe sort du palais et s'expose au public les yeux ensanglant&#233;s, en m&#234;me temps il se cache par sa c&#233;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un d&#233;voilement en m&#234;me temps qu'une dissimulation. Enfin, &#338;dipe rentre dans le palais. Cr&#233;on cherche ainsi &#224; l'&#233;loigner du peuple, commence alors le d&#233;but de son exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dit-on pas parfois des jardins qu'ils sont de v&#233;ritables &#171; th&#233;&#226;tres de verdure &#187; ? Dans l'antiquit&#233; romaine, ce sont les &#171; topiarii &#187;, des jardiniers d&#233;corateurs qui &#233;taient charg&#233;s d'am&#233;nager les jardins. Ils composaient leurs jardins comme de v&#233;ritables mises en sc&#232;ne. Cic&#233;ron faisait r&#233;f&#233;rence &#224; leur art dans une lettre qu'il avait adress&#233;e &#224; son fr&#232;re (&lt;i&gt;ad fratrem Quintum&lt;/i&gt;,III) : &#171; Topiarium laudavi : ita omnia convestitit hedera, qua basim villae qua intercolumnia ambulationis ut denique illi palliati topiariam facere videantur et hederam vendere &#187;, &#171; je fis des compliments au &#171; jardinier &#187; : il a tout rev&#234;tu de lierre, tant la terrasse sur laquelle s'&#233;l&#232;ve la villa que les espaces entre les colonnes de la promenade, si bien que, finalement, les statues grecques ont l'air de &#171; pratiquer l'ars topiaria &#187; et de vendre du lierre &#187;. Cic&#233;ron assiste l&#224; &#224; une repr&#233;sentation digne des repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales avec son d&#233;cor et ses acteurs qui sont ici les statues grecques. Le th&#233;&#226;tre a influenc&#233; le jardin : nous l'avons vu dans &#338;dipe-Roi, notamment sur le plan des entr&#233;es et sorties des personnages, mais le jardin aussi a influenc&#233; le th&#233;&#226;tre : Th&#232;bes, dans la pi&#232;ce, repr&#233;sente le jardin st&#233;rile qui, une fois le fl&#233;au combattu, redeviendra f&#233;cond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capucine de Lascoups, &#233;tudiante de Lettres Classiques, Universit&#233; de Rouen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - &#233;tude sur les liens entre le jardin et le th&#233;&#226;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre GRIMAL, &lt;i&gt;Les jardins romains &#224; la fin de la R&#233;publique et aux deux premiers si&#232;cles de l'Empire, Essai sur le naturalisme romain&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. E. de Boccard,1943.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cic., &lt;i&gt;Ad fratrem Quintum&lt;/i&gt;, III, in &lt;i&gt;Les jardins romains&lt;/i&gt; de Pierre Grimal, p.95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; anecdote sur les parcs &#224; gibier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varron, R.R.,III,13 in &lt;i&gt;Les jardins romains&lt;/i&gt; de Pierre Grimal, p.310.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; article sur la f&#233;condit&#233; de la nature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varron, R.R.,I,2 (sur la fertilit&#233; de l'Italie) et Varron, &lt;i&gt;De sermone latino&lt;/i&gt;, fr.29 (sur le rapprochement &#233;tymologique d'&#171; hortus &#187; et d'&#171; orior &#187;) in &#171; &lt;i&gt;Varron et les horti, images de la structuration de l'espace de la ville&lt;/i&gt; &#187;, par Sylvie Agache, Colloque de Caen, 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il a sur le territoire de Laurente un bois de plus de cinquante arpents, entour&#233; de murailles(&#8230;). Au milieu des bois est une esp&#232;ce d'&#233;l&#233;vation, o&#249; l'on avait dispos&#233; trois lits, et o&#249; l'on nous servit &#224; souper. Quintus fit venir Orph&#233;e, qui arrive en robe longue la cithare &#224; la main, et qui, sur l'ordre qu'il en re&#231;oit, se met &#224; sonner d'une trompette. Au premier son de l'instrument nous nous voyons entour&#233;s d'une multitude de cerfs, de sangliers et autres b&#234;tes fauves ; si bien que le spectacle ne nous parut pas au-dessous des chasses sans b&#234;tes f&#233;roces, dont les &#233;diles nous donnent quelquefois le plaisir au grand cirque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aper&#231;u rapide sur la transmission des textes </title>
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&lt;p&gt;Aper&#231;u rapide sur la transmission des textes &lt;br class='autobr' /&gt;
Le processus qui nous permet, de nos jours, de lire des &#339;uvres &#233;crites il y a plus de 20 si&#232;cles, est complexe et laisse une grande part au hasard, et aux al&#233;as de la transmission. Nous ne lisons qu'une infime partie de ce qu'ont &#233;crit les anciens, mais ces fragments de pass&#233; ont une place importante dans nos tentatives pour comprendre leur histoire, et en m&#234;me temps la n&#244;tre. Examinons ce processus. &lt;br class='autobr' /&gt;
I - L'&#233;criture et le livre dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aper&#231;u rapide sur la transmission des textes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus qui nous permet, de nos jours, de lire des &#339;uvres &#233;crites il y a plus de 20 si&#232;cles, est complexe et laisse une grande part au hasard, et aux al&#233;as de la transmission. Nous ne lisons qu'une infime partie de ce qu'ont &#233;crit les anciens, mais ces fragments de pass&#233; ont une place importante dans nos tentatives pour comprendre leur histoire, et en m&#234;me temps la n&#244;tre. Examinons ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - L'&#233;criture et le livre dans l'Antiquit&#233;.&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Supports.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Antiquit&#233; gr&#233;co-latine, on utilise plusieurs supports diff&#233;rents pour l'&#233;criture, selon le contexte. La pierre est le support le plus durable, mais elle est peu pratique et peu diffusable. Elle est r&#233;serv&#233;e aux courtes inscriptions destin&#233;es &#224; &#234;tre vues. La tablette de cire est pratique, mais ne sert pas &#224; d&#233;poser une &#339;uvre durable. Elle est utilis&#233;e pour les comptes, les brouillons, bref : les &#233;crits qui n'ont pas besoin d'une dur&#233;e de vie &#233;tendue. Le rouleau de papyrus ou de parchemin est le support le plus utilis&#233; dans la diffusion antique des textes : il peut facilement contenir un texte long, il est facile &#224; d&#233;placer et &#224; recopier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rouleaux se conservent relativement bien, mais pas assez pour traverser sans dommage les si&#232;cles jusqu'&#224; nos jours. Il nous reste donc tr&#232;s peu d'&#233;crits datant directement de l'Antiquit&#233;. Malgr&#233; tout, on retrouve encore de temps en temps des papyri tr&#232;s anciens dans les sables d'Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les auteurs pouvaient faire copier leurs &#339;uvres pour les diffuser, en g&#233;n&#233;ral dans leur cercle amis ou de disciples, de leur vivant. Cic&#233;ron t&#233;moigne de cela dans sa correspondance. Parfois, l'auteur d'un texte &#233;crivait plusieurs versions successives de l'&#339;uvres, et les deux entraient en circulation simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2) Cas particulier du th&#233;&#226;tre grec.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tragiques grecs sont avant tout destin&#233;s &#224; &#234;tre jou&#233;s. Mais pour qu'ils puissent &#234;tre jou&#233;s &#224; plusieurs endroits et plusieurs fois, on doit en noter le texte et le transmettre. Le probl&#232;me de ce type d'&#339;uvre est que, &#224; chaque repr&#233;sentation, le texte change : les acteurs prennent des libert&#233;s, adaptent ou oublient le texte. De plus, certains copistes se trompent en recopiant le texte des pi&#232;ces, et les acteurs qui joueront ces pi&#232;ces les joueront fautives. Beaucoup de variantes des textes tragiques circulent donc &#224; Ath&#232;nes, du Ve au IVe si&#232;cle avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au IVe si&#232;cle, Lycurgue, grand administrateur d'Ath&#232;nes, promulgue un d&#233;cret, par lequel il choisit trois auteurs tragiques, les plus connus &#224; l'&#233;poque et les plus jou&#233;s, donc les plus d&#233;form&#233;s dans leur texte, et d&#233;cide qu'ils formeront le canon tragique. Il choisit Eschyle, Sophocle et Euripide, qui sont les trois principaux auteurs tragiques &#224; nous &#234;tre parvenus. Il d&#233;cide aussi de fixer le texte de leurs pi&#232;ces et d'interdire formellement aux acteurs de le modifier lors des repr&#233;sentations. Il fait copier un unique exemplaire de chaque pi&#232;ce retenue, le texte le plus fid&#232;le possible &#224; l'original selon lui, et le confie aux archives de la cit&#233;. Selon le pseudo-Plutarque dans ses Vies, le secr&#233;taire de la cit&#233; devait lire aux acteurs cette version officielle, qu'ils devaient apprendre et jouer exactement sous peine d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
II - L'&#233;poque hell&#233;nistique (IVe &#8211; IIIe s.) et les &#233;diteurs alexandrins.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#232;gne de Ptol&#233;m&#233;e Ie, g&#233;n&#233;ral d'Alexandre le Grand qui a fond&#233; en Egypte la dynastie lagide, le centre culturel du monde grec passe en -288 d'Ath&#232;nes &#224; Alexandrie, d&#233;sormais territoire de langue grecque. Le roi fait construire un mus&#233;e et une biblioth&#232;que, et fait venir de nombreux savants et lettr&#233;s, dont un prestigieux &#233;l&#232;ve d'Aristote, D&#233;m&#233;trios de Phal&#232;re. Les premi&#232;res &#233;ditions de textes savantes voient le jour. Alexandre l'Etolien et Aristophane de Byzance auraient &#233;tabli l'&#233;dition des tragiques, organisant les textes en strophes, ajoutant une ponctuation, expurgeant les textes de ce qu'ils pensaient &#234;tre apocryphe (c'est &#224; dire &#233;crit par quelqu'un d'autre). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les aider, Ptol&#233;m&#233;e III Everg&#232;te emprunta l'exemplaire officiel ath&#233;nien r&#233;alis&#233; par Lycurgue... et ne le restitua jamais. A la m&#234;me &#233;poque, Callimaque compile &#224; Alexandrie des listes bibliographiques et biographiques appel&#233;es pinak&#232;s. Il doit pour cela &#233;tablir l'authenticit&#233; des textes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail de ces alexandrins confirme Eschyle, Sophocle et Euripide comme canon tragique grec. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils copient aussi beaucoup de nouveaux papyri contenant les &#339;uvres tragiques, afin de mieux les diffuser. On sait qu'ils poss&#233;daient plus de textes que nous, mais qu'ils en avaient d&#233;j&#224; perdu une partie. Sur plus de 90 pi&#232;ces d'Euripide, ils en avaient 68. Il nous en reste seulement 18. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail des Alexandrins, qui &#233;ditent les textes avec soin, les regroupent et les disposent en strophes, et enfin les diffusent, nous est tr&#232;s pr&#233;cieux. C'est en effet sur leurs &#233;ditions que seront copi&#233;s beaucoup de manuscrits post&#233;rieurs. C'est probablement gr&#226;ce &#224; eux que les romains connaissaient bien les auteurs grecs, et c'est leur s&#233;lection d'auteurs qui nous est parvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III - Les al&#233;as de la transmission : de l'Antiquit&#233; &#224; l'imprimerie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a retrouv&#233; il y a peu &#224; Herculanum (Italie) des rouleaux fossilis&#233;s qui nous montrent qu'&#224; Rome et aux alentours, on &#233;crivait toujours sur des rouleaux au premier si&#232;cle. Nous avons aussi d&#233;couvert des textes que nous ne connaissions pas, ou seulement en partie. A part ces d&#233;couvertes ponctuelles, le corpus antique que nous avons conserv&#233; est g&#233;n&#233;ralement fixe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi a-t-on perdu tant d'&#339;uvres antiques ? Et comment avons-nous pu en conserver tant d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1) Du rouleau au codex.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rouleau avait bien des avantages que nous avons vus, mais aussi des inconv&#233;nients. En effet, un rouleau, c'est peu pratique pour revenir en arri&#232;re dans le texte ou retrouver un passage pr&#233;cis : il faut tout d&#233;rouler, r&#233;enrouler sans cesse. La navigation dans le texte s'en trouve compliqu&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux alentours du IIIe ou IVe si&#232;cle apr&#232;s J.-C., on voit appara&#238;tre une nouvelle forme pour le livre, qui est celle que nous utilisons de nos jours : le codex. Il s'agit d'un ensemble de pages r&#233;unies en cahiers reli&#233;s ensemble. On peut donc le feuilleter, retrouver une page pr&#233;cise, etc... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le codex est compos&#233; de parchemins, sur lesquels on a entrepris de recopier les anciens rouleaux pour pouvoir lire les textes plus facilement. Seulement &#224; l'&#233;poque, seuls ont &#233;t&#233; copi&#233;s les textes qui &#233;taient &#224; la mode et int&#233;ressaient les lecteurs de la fin de l'Antiquit&#233;. Certaines &#339;uvres, alors n&#233;glig&#233;es, ont sombr&#233; dans l'oubli car elles sont rest&#233;es &#224; l'&#233;tat de rouleau, &#233;tat qui rebutait les lecteurs. Elles ont cess&#233; de circuler. &lt;br class='autobr' /&gt; Pendant plusieurs si&#232;cles, on a cess&#233; de copier les manuscrits. Les codex sont rest&#233;s en l'&#233;tat, et ont pour la plupart &#034;dormi&#034; dans les biblioth&#232;ques et les monast&#232;res. Le parchemin &#233;tait trop co&#251;teux pour qu'on copie en abondance, et les lettr&#233;s trop peu nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2) Le IXe si&#232;cle : Charlemagne et la r&#233;surrection des biblioth&#232;ques dans l'Occident latin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au IXe si&#232;cle en Occident, Charlemagne a besoin de lettr&#233;s pour fonder son empire et s'occuper de l'administrer correctement. On sort donc des monast&#232;res les vieux codex &#233;crits en onciales (&#233;criture antique) et on entreprend de les recopier &#224; nouveau, afin de faire apprendre le latin et la culture classique &#224; la future &#233;lite. On invente une nouvelle &#233;criture plus lisible et accessible, la minuscule caroline. L&#224; encore, on s&#233;lectionne ce qu'on veut copier et donc diffuser. De nouvelles &#339;uvres sont laiss&#233;es de c&#244;t&#233; et sombrent dans l'oubli parce qu'on ne veut plus les lire. Puis, peu &#224; peu, on ne peut plus du tout les lire car on a oubli&#233; l'ancienne &#233;criture difficile &#224; d&#233;chiffrer. Beaucoup de manuscrits sont perdus, et tombent en poussi&#232;re. Quant aux anciens rouleaux qui n'avaient pas &#233;t&#233; recopi&#233;s, ils tendent &#224; s'effriter ou &#224; simplement dispara&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les manuscrits que l'on souhaite pr&#233;server sont copi&#233;s, diffus&#233;s, et retrouvent une seconde vie. Ils rena&#238;tront encore une fois au XII&#176; si&#232;cle, o&#249; une nouvelle fr&#233;n&#233;sie de copie s'empare des moines et des lettr&#233;s, accroissant la diffusion des textes survivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3) Les manuscrits grecs et leur arriv&#233;e en occident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, on copie les manuscrits latins, on les lit, on les diffuse. Mais presque personne en Occident ne sait lire le grec. En revanche, en Orient, l'empire byzantin parle grec, lit le grec et l'&#233;crit dans une &#233;criture devenue cursive au IXe si&#232;cle : on poss&#232;de ainsi des manuscrits d'auteurs classiques grecs. Mais il faut attendre que la capitale de l'empire d'orient soit menac&#233;e par les Turcs au XVe si&#232;cle pour que, fuyant les invasions, les lettr&#233;s arrivent en Europe occidentale avec dans leurs bagages tout ce qu'ils peuvent emporter comme textes &#224; sauver. Ils arrivent en pleine Renaissance, et la soif d'apprendre des humanistes aspire &#224; red&#233;couvrir le grec gr&#226;ce &#224; ces nouveaux venus. La culture grecque et la culture latine antiques sont &#224; nouveau r&#233;unies. On red&#233;couvre Platon, Hom&#232;re, et les tragiques grecs. On copie massivement les manuscrits latins et grecs, on les &#233;change, on les compile, on les commente, on les traduit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais un autre &#233;v&#233;nement va bient&#244;t bouleverser &#224; nouveau la transmission des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4) L'imprimerie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du XVe si&#232;cle, Gutemberg invente en Europe l'imprimerie &#224; caract&#232;res mobiles. Au d&#233;but, on imprime peu, et l'usage des manuscrits reste r&#233;pandu, car on les consid&#232;re comme plus beaux et plus agr&#233;ables &#224; utiliser. Mais au XVIe si&#232;cle, on commence massivement &#224; essayer de produire des livres imprim&#233;s avec tous les textes auparavant manuscrits qu'on veut diffuser plus largement et conserver. En effet, imprimer permet une production plus abondante facilement, rapidement et efficacement. Mais encore une fois, on s&#233;lectionne les textes que l'on veut faire passer sur ce nouveau support, et on en laisse d'autres de c&#244;t&#233;. Plus grave, pour pouvoir composer les planches &#224; imprimer, on d&#233;monte, on d&#233;membre et on d&#233;truit les manuscrits. &lt;br class='autobr' /&gt; Les tragiques grecs sont n&#233;anmoins conserv&#233;s et diffus&#233;s, notamment gr&#226;ce &#224; Guillaume Bud&#233;, appuy&#233; par Fran&#231;ois Ier, qui fonde un coll&#232;ge o&#249; on enseigne toutes les langues connues de l'Antiquit&#233; (latin, grec, h&#233;breu). Hell&#233;niste averti, il &#233;dite et diffuse les textes grecs, qu'il fait imprimer en inventant une nouvelle forme de lettres grecques, tr&#232;s &#233;l&#233;gante et adapt&#233;e &#224; l'imprimerie. Il &#233;dite aussi des textes latins, et traduit en latin des &#339;uvres grecques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois les textes ainsi imprim&#233;s, ils ont &#233;t&#233; reproduits et sont facilement parvenus jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les textes antiques, en particulier les tragiques grecs qui, &#233;tant jou&#233;s, se sont modifi&#233;s, et &#233;tant en grec, ont longtemps &#233;t&#233; exclus d'occident, ont eu bien de la peine &#224; nous parvenir. Cela explique pourquoi on en a tant perdu. Mais une partie non n&#233;gligeable a travers&#233; 25 si&#232;cles d'histoire pour nous parvenir. A l'&#232;re num&#233;rique, on diffuse encore plus largement les textes, partageant ainsi le patrimoine de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Choupaut, &#233;tudiante de Lettres Classiques &#224; l'universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Irigoin, &lt;i&gt;La tradition des textes grecs. Pour une critique historique&lt;/i&gt;. Paris, Les Belles Lettres 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jocaste : de la m&#232;re &#224; l'&#233;pouse</title>
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		<dc:date>2009-01-11T11:34:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Jocaste : de la m&#232;re &#224; l'&#233;pouse, dans &#338;dipe-Roi de Sophocle &lt;br class='autobr' /&gt; Cette ann&#233;e, j'ai choisi de travailler sur les trag&#233;dies grecques, et en particulier sur les grands personnages f&#233;minins dans leurs rapports avec les personnages masculins, sans faire de distinction entre les trois po&#232;tes tragiques grecs Eschyle, Sophocle et Euripide. En effet, ces trois auteurs ont pu traiter les m&#234;mes personnages issus d'une m&#234;me tradition mythique, mais ils ont pu leur donner une envergure ou un angle de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Jocaste : de la m&#232;re &#224; l'&#233;pouse, dans &#338;dipe-Roi de Sophocle&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette ann&#233;e, j'ai choisi de travailler sur les trag&#233;dies grecques, et en particulier sur les grands personnages f&#233;minins dans leurs rapports avec les personnages masculins, sans faire de distinction entre les trois po&#232;tes tragiques grecs Eschyle, Sophocle et Euripide. En effet, ces trois auteurs ont pu traiter les m&#234;mes personnages issus d'une m&#234;me tradition mythique, mais ils ont pu leur donner une envergure ou un angle de vue diff&#233;rents, d'o&#249; des divergences subtiles, mais appr&#233;ciables. J'ai d&#251; restreindre mon corpus de textes autour de quatre personnages f&#233;minins : Antigone, Electre, M&#233;d&#233;e et H&#233;cube. Eloign&#233;es les unes des autres dans l'espace, elles le sont aussi au niveau du statut &#171; social &#187; : Antigone et Electre sont encore des vierges, des jeunes filles, tandis que M&#233;d&#233;e et H&#233;cube sont mari&#233;es et ont eu des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pi&#232;ce&lt;i&gt; &#338;dipe Roi&lt;/i&gt; (repr&#233;sent&#233;e entre -430 et -420), de Sophocle nous offre un personnage f&#233;minin tout &#224; fait particulier, et qui se trouve &#234;tre la seule femme de la pi&#232;ce : Jocaste, veuve de La&#239;os et &#233;pouse d'&#338;dipe. Dans le premier &#233;pisode o&#249; elle appara&#238;t, elle joue un r&#244;le d'arbitre entre &#338;dipe et Cr&#233;on : elle contient l'une et l'autre fureur, et surtout celle d'&#338;dipe qui en tant que roi doit savoir se ma&#238;triser. Ici son r&#244;le est int&#233;ressant puisqu'elle va se poser comme une sorte d'arbitre entre les deux hommes : est-ce un r&#244;le que l'on d&#233;l&#232;gue &#224; une femme ? Mais Jocaste aura &#224; nouveau ce r&#244;le d'arbitre dans les &lt;i&gt;Ph&#233;niciennes&lt;/i&gt; d'Euripide (-407 ?), entre ses deux fils Et&#233;ocle et Polynice. Pourquoi, dans&lt;i&gt; &#338;dipe-Roi&lt;/i&gt;, Sophocle lui a-t-il assign&#233; ce r&#244;le, aussi bref soit-il ? C'est que Jocaste reste la seule &#224; savoir contenir et ma&#238;triser la fureur d'&#338;dipe. Cr&#233;on n'est plus digne de confiance, pas plus que Tir&#233;sias, &#171; l'auguste devin &#187;. D&#232;s ce moment, qui marque aussi sa premi&#232;re entr&#233;e sur sc&#232;ne, Jocaste joue un r&#244;le important, &#224; l'image de celui du ch&#339;ur qui suit toujours d'assez pr&#232;s le h&#233;ros tragique : elle devient sa plus proche amie, &#171; son confident le plus pr&#233;cieux &#187;, puisqu'elle est certes son &#233;pouse mais aussi la personne la plus fiable pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Durant ce m&#234;me &#233;pisode, on trouve la sc&#232;ne de la &#171; double confidence &#187; : Jocaste l&#232;ve les doutes d'Oedipe sur la crainte qu'il a d'avoir tu&#233; La&#239;os autrefois. Elle a paru effray&#233;e par l'attitude de son &#233;poux et des paroles qu'il a prononc&#233;es. Et m&#234;me si elle croit encore en l'innocence d'&#338;dipe , il lui a fallu contenir sa crainte et ses doutes, r&#244;le qu'elle a assum&#233; durant tout cet &#233;pisode. D'une certaine fa&#231;on, elle a l'ascendant sur lui : c'est &#224; elle qu'il s'en remet pour obtenir des r&#233;ponses, c'est elle qui g&#232;re et ma&#238;trise ses acc&#232;s de fureur. Les propres paroles d'&#338;dipe montrent assez bien quelle importance elle a pour lui : &#171; Oui, je te le dirai. Je te respecte, toi, plus que tous ceux-l&#224;. &#187; (v.700) ; &#171; Quel confident plus pr&#233;cieux pourrais-je donc avoir que toi, au milieu d'une telle &#233;preuve ? &#187; (v.773).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais il faut toujours garder &#224; l'esprit que Jocaste poss&#232;de un double statut ambigu : elle est &#224; la fois &#233;pouse et m&#232;re d'&#338;dipe sans le savoir. La grille de lecture s'en trouve donc boulevers&#233;e puisqu'&#338;dipe est avant tout son fils : elle n'aurait jamais d&#251; l'&#233;pouser et avoir de lui des enfants. On trouve le m&#234;me r&#244;le de confidente dans les &lt;i&gt;Suppliantes&lt;/i&gt; (-422), d'Euripide : Aethra s'entretient avec son fils Th&#233;s&#233;e sur ce qu'il convient de faire pour les corps des guerriers morts retenus dans la ville de Th&#232;bes. L&#224;, pas de doutes possibles : Aethra est bien pr&#233;sent&#233;e comme la m&#232;re de Th&#233;s&#233;e. C'est ce qui rend pour nous l'ambigu&#239;t&#233; du statut de Jocaste par rapport &#224; &#338;dipe plus frappante : c'est en tant que m&#232;re qu'elle aurait d&#251; jouer ce r&#244;le de confidente aupr&#232;s de lui, et non pas en tant qu'&#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le deuxi&#232;me et dernier &#233;pisode o&#249; Jocaste appara&#238;t, son r&#244;le change quelque peu : &#224; partir de ce moment, et l'une de ses phrases le signale (&#171; Puis donc que mes conseils n'obtiennent rien de lui, [&#8230;] &#187;, v.918), ses paroles et conseils n'auront plus d'effets sur &#338;dipe : il va lui &#233;chapper, entra&#238;n&#233; qu'il est dans sa qu&#234;te de la v&#233;rit&#233;. D'ailleurs, Jocaste semble un peu trop vouloir qu'&#338;dipe s'en tienne &#224; ce qu'elle lui dit : elle semble savoir des choses, mais ignore &#224; qui les appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s l'arriv&#233;e du Corinthien, Jocaste est soulag&#233;e pour &#338;dipe, mais elle doit encore faire face &#224; ses craintes, car il redoute le lit d'une m&#232;re. Cette &#233;vocation de sa &#171; m&#232;re &#187; marque cruellement l'ironie tragique et montre avec beaucoup de force &#224; quel point l'image de la femme maternelle est perturb&#233;e. La tentative du Corinthien pour rassurer &#338;dipe est elle-m&#234;me vaine, du moins pour les spectateurs qui connaissent les grandes lignes du mythe, puisqu'il lui annonce que sa m&#232;re n'est pas M&#233;rope, la femme de Polybe ; mais Jocaste a tout compris,elle a saisi la v&#233;rit&#233; avant tout le monde : elle r&#233;agit avec violence &#224; la question d'&#338;dipe qui s'est tourn&#233; vers elle : &#171; Et n'importe de qui il parle ! N'en aie nul souci. De tout ce qu'on t'a dit, va, ne conserve m&#234;me aucun souvenir. A quoi bon ! &#187;. Mais il est trop tard, Jocaste a perdu tout contr&#244;le, &#224; la fois sur &#338;dipe et sur elle-m&#234;me. Elle reprend la posture de suppliante qu'elle avait adopt&#233;e plus haut et exhorte &#338;dipe &#224; ne pas vouloir en savoir davantage : &#171; Non, par les dieux ! Si tu tiens &#224; la vie, non, n'y songe plus. C'est assez que je souffre, moi. &#187; (On peut rapprocher cette derni&#232;re phrase de celle d'Antigone dans la pi&#232;ce &#233;ponyme : &#171; Que je meure, moi, c'est assez &#187;, adress&#233;e &#224; Ism&#232;ne) ; &#171; Arr&#234;te-toi pourtant, crois-moi, je t'en conjure. &#187; Mais ce qui montre que Jocaste ne peut plus ma&#238;triser &#338;dipe, c'est qu'il s'irrite : &#171; Eh bien !, tes bons avis m'exasp&#232;rent &#224; la fin. &#187; Jocaste peut supporter sa propre douleur si &#338;dipe n'apprend rien de la v&#233;rit&#233;. Mais la machine tragique est en place : d'une certaine fa&#231;on, c'est &#338;dipe qui la pousse &#224; la mort, puisqu'il refuse de l'&#233;couter. Jocaste prononce ces derni&#232;res paroles terrifiantes : &#171; Malheureux ! malheureux ! Oui, c'est l&#224; le seul nom dont je peux t'appeler. Tu n'en auras jamais un autre de ma bouche. &#187; A nouveau, r&#233;f&#233;rence implicite au statut maternel : Jocaste, dont le fils a &#233;t&#233; abandonn&#233;, ne l'a jamais appel&#233; d'un nom qu 'elle lui aurait donn&#233; pour le reste de sa vie, et elle n'a pas assum&#233; les devoirs maternels qu'elle lui devait. Sorte d'ironie tragique : c'est effectivement le seul nom qu'elle donnera &#224; son fils &#338;dipe, mais elle seule en est consciente : &#338;dipe prend son attitude pour de l'orgueil de femme. Le rapport homme/femme est ici compl&#232;tement d&#233;plac&#233;, voire d&#233;natur&#233;, comme il l'est depuis le d&#233;but de la pi&#232;ce, mais c'est dans ce passage-cl&#233; qu'il est le plus frappant et terrible, car lourd de cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puis Jocaste s'en va, disparaissant comme personnage de la pi&#232;ce : la v&#233;rit&#233; ne fait plus de doute. &#338;dipe a compris et s'en va &#224; son tour. Quelques instants apr&#232;s, un messager annonce la mort de Jocaste, une mort brutale : &#171; Un mot suffit &#187;. Nicole Loraux, dans son ouvrage&lt;i&gt; Fa&#231;ons tragiques de tuer une femme&lt;/i&gt;, parle d'une &#171; mort qui lui appartienne en propre, qu'[&#8230;]elle se la soit inflig&#233;e elle-m&#234;me &#224; elle-m&#234;me ou que, de fa&#231;on plus paradoxale, on la lui ait impos&#233;e. &#187; (p.28), sur le suicide comme mort f&#233;minine qui redessinerait le rapport homme/femme &#224; la fin de la pi&#232;ce. Jocaste se pend dans la chambre conjugale, le thalamos, o&#249; elle s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e et o&#249; elle &#171; [peut], avant de se tuer, se redire &#224; elle-m&#234;me son identit&#233; &#187; (p.52), c'est-&#224;-dire qu'elle appelle La&#239;os, son premier &#233;poux, en g&#233;missant, renouant ainsi avec l'ordre naturel des choses. &#171; Au moment de sauter dans le vide, c'est la pr&#233;sence absente de l'homme qu'en chaque point du thalamos la femme retrouve une derni&#232;re fois. &#187; (p.53). Jocaste, comme toutes les femmes, vient d'un monde clos, de ses appartements o&#249; toute femme se tient, et finit par y retourner pour mourir, d&#233;rob&#233;e aux yeux de tous : le suicide est donc une mort proprement f&#233;minine, sur laquelle elle a tout pouvoir. Sous quel nom meurt Jocaste, par rapport &#224; &#338;dipe, en d&#233;finitive ? Sous celui de m&#232;re, d'&#233;pouse, ou bien sous les deux noms ? On peut dire, pour conclure, qu'elle meurt en tant que m&#232;re pour &#338;dipe, puisqu'elle s'est enfuie dans le thalamos, qu'elle partageait originellement avec La&#239;os : l&#224;, elle a renou&#233; avec son statut premier -&#233;pouse de La&#239;os-, et c'est pour ce dernier qu'elle est morte en &#233;pouse, r&#233;tablissant &#224; la fin de la pi&#232;ce le rapport homme/femme qui &#233;tait d&#233;natur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chlo&#233; Cosnefroy, &#233;tudiante de Lettres Classiques, Universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * &lt;i&gt;Mythe et trag&#233;die en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, P. Vidal-Naquet et J.P. Vernant, 1972 (1e &#233;dition), 2001, Paris, La D&#233;couverte/Poche.&lt;br class='autobr' /&gt; * &lt;i&gt;Fa&#231;ons tragiques de tuer une femme&lt;/i&gt;, N. Loraux, 1985, Paris, Hachette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oedipe Roi et le scepticisme</title>
		<link>http://www.homeros.site/spip.php?article62</link>
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&lt;p&gt;&#338;dipe-roi et le scepticisme &lt;br class='autobr' /&gt; Je travaille sur le scepticisme et en particulier sur l'expression grecque &#171; ouden mallon &#187; qu'on trouve chez des philosophes antiques comme Pyrrhon (365-275 avant J-C), le p&#232;re du scepticisme, mais aussi chez des philosophes qui ne sont pas sceptiques comme Platon. &#171; Ouden mallon &#187; signifie &#171; pas plus &#187; en grec et on l'emploie pour dire que telle chose n'est pas plus ceci que cela. On l'emploie, autrement dit, pour manifester le caract&#232;re indiscernable des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#338;dipe-roi et le scepticisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je travaille sur le scepticisme et en particulier sur l'expression grecque &#171; &lt;i&gt;ouden mallon&lt;/i&gt; &#187; qu'on trouve chez des philosophes antiques comme Pyrrhon (365-275 avant J-C), le p&#232;re du scepticisme, mais aussi chez des philosophes qui ne sont pas sceptiques comme Platon. &#171; Ouden mallon &#187; signifie &#171; pas plus &#187; en grec et on l'emploie pour dire que telle chose n'est pas plus ceci que cela. On l'emploie, autrement dit, pour manifester le caract&#232;re indiscernable des choses qui m'apparaissent et l'impossibilit&#233; qu'il y a &#224; tenir un propos sur leur &#234;tre, qui se tient cach&#233; (&#171; adelon &#187;). Pour reprendre le mot d'H&#233;raclite (&lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;, trad. Marcel Conche PUF 1986), &#171; la nature aime &#224; se cacher &#187; derri&#232;re la temp&#234;te des apparences et l'on peut dire que la v&#233;rit&#233; n'est d&#232;s lors plus que l'ombre d'une ombre (voir aussi le mythe de la caverne, chez Platon. Les ombres qui dansent sur le mur, faisant signe vers une clart&#233; ext&#233;rieure, cach&#233;e de nos yeux et finalement plus obscure que l'obscur&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce premier moment o&#249; l'on se trouve submerg&#233; par un flux d'apparences dont nous ne distinguons rien, nous laissant en proie au doute et &#224; l'incertitude, c'est le premier moment philosophique, celui qui va nous pousser &#224; allumer notre lanterne pour y voir plus clair, pour acc&#233;der au fond des choses et dire le vrai. Lorsque la d&#233;marche aboutit, la philosophie peut &#234;tre dite &#171; dogmatique &#187; et lorsqu'elle n'aboutit pas, &#171; sceptique &#187;. L'expression &#171; ouden mallon &#187; est ainsi un carrefour philosophique. Pour les dogmatiques, le &#171; pas plus &#187; n'est qu'un premier moment qui pousse &#224; un examen m&#233;thodique par lequel la v&#233;rit&#233; va se d&#233;voiler derri&#232;re l'apparence. Pour les sceptiques, le &#171; pas plus &#187; est &#224; la fois le premier et le dernier moment, la v&#233;rit&#233; restant hors de port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans &lt;i&gt;Oedipe-roi&lt;/i&gt;, tout le processus classique de d&#233;voilement de la v&#233;rit&#233; qui remonte du cach&#233; au visible, de l'in&#233;vident &#224; l'&#233;vident est invers&#233;. En effet, la proph&#233;tie selon laquelle &#338;dipe tuera son p&#232;re et &#233;pousera sa m&#232;re nous met d'entr&#233;e de jeu en pr&#233;sence de la v&#233;rit&#233;, d'une certitude implacable. Ainsi, nous n'avons pas affaire ici &#224; une descente de l'apparence &#224; la v&#233;rit&#233; cach&#233;e mais au contraire une remont&#233;e d'une v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; une apparence incertaine. (La question de savoir si c'est bien &#338;dipe qui se trouvait &#224; la bifurcation des routes o&#249; La&#239;os a &#233;t&#233; tu&#233;, etc). Il va donc s'agir de jouer et de d&#233;lib&#233;rer sur les apparences. L'apparence joue donc le r&#244;le de la v&#233;rit&#233; et la v&#233;rit&#233; le r&#244;le de l'apparence. La v&#233;rit&#233; est en effet connue de mani&#232;re superficielle et c'est ici l'apparence qui est &#224; creuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paradoxalement donc, dans cette pi&#232;ce, ce qui appara&#238;t en premier, &#224; savoir la parole d'un vieillard aveugle, est aussi ce qu'il y a de plus certain. Et toute l'action qui va suivre la parole du vieillard, n'est pas une progression vers un point futur contingent, mais tout au contraire une r&#233;gression vers la premi&#232;re v&#233;rit&#233; qui a &#233;t&#233; dite. C'est tout le tragique de la pi&#232;ce ! &#338;dipe, qui ne veut pas croire la proph&#233;tie qui lui a &#233;t&#233; faite et qui agit de telle sorte qu'elle n'ait aucune chance de se r&#233;aliser, incarne un nouveau type de personnage sceptique, qu'on ne peut trouver que dans le th&#233;&#226;tre ou dans le roman. Nous parlons de &#171; nouveaut&#233; &#187; ici dans le sens o&#249; le personnage d'&#338;dipe, certes plus ancien que Pyrrhon (le premier sceptique), nous permet d'apporter un &#233;clairage nouveau sur le scepticisme tel qu'on le con&#231;oit habituellement. Le sceptique classique affirme qu'il ne voit rien et n'entend rien bien qu'il essaie de voir et d'entendre. C'est le cas dans Les esquisses pyrrhoniennes de Sextus Empiricus ou encore dans les &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt; de Pascal. &#338;dipe, lui, y voit trop et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce savoir qui fait l'objet d'un refus. La tendance du premier sceptique est &#224; la lumi&#232;re tandis que la tendance d'&#338;dipe est &#224; l'obscurit&#233;. Il se cr&#232;vera d'ailleurs finalement les yeux et inversement, le proph&#232;te aveugle sera, au m&#234;me moment, au sommet de sa clairvoyance. Et s'il se cr&#232;ve les yeux, c'est pour ne pas voir le fait qu'il a toujours tout su : c'est la honte qui accable Oedipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'enqu&#234;te qu'&#338;dipe m&#232;ne tout au long de la pi&#232;ce n'a pas pour vocation de faire v&#233;rit&#233; mais bien plut&#244;t de mystifier et de falsifier la v&#233;rit&#233; qu'il conna&#238;t d&#233;j&#224;. (le fait que son p&#232;re soit mort sans qu'&#338;dipe l'ait tu&#233; prouve que la pr&#233;diction est fausse etc.) Mais cette entreprise de falsification est elle-m&#234;me doubl&#233;e d'une nouvelle sorte de doute sceptique consistant &#224; dire : &#171; Et si c'&#233;tait bien &#231;a ? &#187; : la proph&#233;tie continue de le hanter. Certaines choses accr&#233;ditent (comme la mort du p&#232;re et le t&#233;moignage qu'il s'agirait de plusieurs brigands qui ont tu&#233; La&#239;os) que ce n'est pas &#231;a mais &#171; et si c'&#233;tait bien &#231;a ? &#187;. Le doute d'&#338;dipe se d&#233;ploie donc &#224; deux niveaux : il commence par douter de la pr&#233;diction et mobilise des preuves mais, une fois qu'il les d&#233;tient, il doute des preuves elles-m&#234;mes pour finalement se demander si ce n'est pas bel et bien son destin qui se r&#233;alise envers et contre toute attente). Cette version du scepticisme est paradoxale puisqu'elle est contrainte de donner du cr&#233;dit, une valeur de v&#233;rit&#233; &#224; ce qu'elle nie. Mais &#338;dipe croit pouvoir sortir de sa confusion intellectuelle (tout simplement parce qu'un moment futur est inject&#233; dans le pr&#233;sent et que ce pr&#233;sent va bel et bien &#234;tre reconfigur&#233; par rapport &#224; ce futur virtuel et donc la pr&#233;diction va &#234;tre cons&#233;quente dans une certaine mesure sans pour autant &#234;tre juste puisque ce qui adviendra n'est pas encore advenu) par l'action, contrebalancer les mots de l'oracle par des actes, et s'il parvient &#224; imprimer aux &#233;v&#233;nements le cours qu'il entend, il aura effectivement gagn&#233; la partie. H&#233;las, tous les actes qu'il accomplit pour se sauver de sa mal&#233;diction sont aussi ceux qui l'en rapprochent et la rendent in&#233;luctable. Le dogme finalement triomphe et Oedipe, le sceptique, est oblig&#233; de rendre les armes et la couronne, et s'exiler. &#338;dipe a voulu s'&#233;lever contre son destin et contre les dieux, en affirmant que les choses ne sont pas ce qu'elles sont - qu'il existe donc de l'ind&#233;termin&#233;, du &#171; pas plus &#187; (pour recoller au th&#232;me exact de mon m&#233;moire ! &#338;dipe n'&#233;tait pas plus destin&#233; &#224; tuer son p&#232;re qu'&#233;pouser sa m&#232;re), en somme de la libert&#233; - mais &#338;dipe a finalement perdu. Soit ! Il survient alors un &#233;v&#232;nement inattendu : le rideau se ferme. On s'aper&#231;oit alors qu'effectivement, les choses ne sont pas ce qu'elles sont : c'est du th&#233;&#226;tre. Ici se trouve, &#224; mon avis, la ruse ultime de la pi&#232;ce et le triomphe d'&#338;dipe. C'est comme si le sphinx revenait sur la sc&#232;ne et posait une toute derni&#232;re question aux spectateurs : allez-vous croire en cette pi&#232;ce comme on croit au destin ou estimez-vous, comme &#338;dipe avant sa chute, qu'il est en votre pouvoir de d&#233;cider l'avenir ? Si oui, faites donc. Mettre en sc&#232;ne le destin, c'est pr&#233;cis&#233;ment se moquer de lui. Par la fatalit&#233; m&#234;me d'&#338;dipe-roi, chaque spectateur est remis en pr&#233;sence de sa libert&#233;, sa possibilit&#233; de refuser certains &#233;v&#233;nements qui lui tombent dessus comme s'il s'agissait du destin pour faire valoir une capacit&#233; d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcello Santarnecchi, &#233;tudiant de philosophie, Universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Oedipe Roi et l'&#233;nigme</title>
		<link>http://www.homeros.site/spip.php?article63</link>
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		<dc:date>2009-01-11T11:04:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans le cadre de mon m&#233;moire de philosophie sur l'&#233;nigme, j'ai voulu aborder l'&#233;nigme de la sphinx dans &#338;dipe Roi moins en tant qu'&#233;nigme sous la forme &#171; question-r&#233;ponse &#187;, que dans la fa&#231;on dont &#338;dipe se comporte face &#224; l'&#233;nigmatique et surtout savoir comment Sophocle d&#233;ploie des &#233;nigmes dans cette pi&#232;ce. Alors comment Sophocle d&#233;place-il l'&#233;nigme de la sphinx vers l'&#233;nigmatique jeu d'Oedipe qui doit lever le voile sur son identit&#233; pour faire face &#224; son destin tragique ? &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;nigme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de mon m&#233;moire de philosophie sur l'&#233;nigme, j'ai voulu aborder l'&#233;nigme de la sphinx dans &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt; moins en tant qu'&#233;nigme sous la forme &#171; question-r&#233;ponse &#187;, que dans la fa&#231;on dont &#338;dipe se comporte face &#224; l'&#233;nigmatique et surtout savoir comment Sophocle d&#233;ploie des &#233;nigmes dans cette pi&#232;ce. Alors comment Sophocle d&#233;place-il l'&#233;nigme de la sphinx vers l'&#233;nigmatique jeu d'Oedipe qui doit lever le voile sur son identit&#233; pour faire face &#224; son destin tragique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;nigme du sphinx pourrait &#234;tre aujourd'hui l'&#233;nigme la moins &#233;nigmatique : beaucoup connaissent &#224; la fois l'intitul&#233; de cette &#233;nigme mais aussi sa r&#233;ponse ! Pour autant, si elle est connue d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, de nombreux d&#233;tails (sur les contextes, les reprises et les interpr&#233;tations notamment) sont encore &#224; pr&#233;ciser afin de la mettre davantage en perspective et en lumi&#232;re &#8230; Car l'&#233;nigme de la sphinge est certes li&#233;e &#224; &#338;dipe, mais ses sources sont tr&#232;s diverses et sa reprise est constante dans l'histoire de la litt&#233;rature au sens large : depuis Euripide et Hom&#232;re dans l'Antiquit&#233;, jusque Cocteau, Freud, L&#233;vi-Strauss ou J-P. Vernant au XXe si&#232;cle. En l'abordant &#224; travers la pi&#232;ce de Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, l'&#233;nigme du sphinx se trouve moins d&#233;crite en tant que telle que mentionn&#233;e de fa&#231;on partielle et &#233;pisodique. Elle ne fait pas l'objet d'une sc&#232;ne &#224; proprement dit puisqu'elle est plut&#244;t pr&#233;sente dans la pi&#232;ce &#224; la mani&#232;re d'un leitmotiv lancinant. Tout se passe comme si Sophocle &#233;vitait de retranscrire l'intitul&#233; et la r&#233;ponse de l'&#233;nigme : il semble seulement y faire r&#233;f&#233;rence dans quelques vers afin de mieux la corr&#233;ler au tragique &#338;dipe pr&#233;occup&#233; dans la pi&#232;ce par l'intrigue polici&#232;re sur le meurtre de La&#239;os : &#224; la question &#171; qui marche &#224; quatre pattes le matin, deux le midi et trois le soir ? &#187;, est substitu&#233;e la question &#171; qui a tu&#233; La&#239;os ? &#187;. On serait tent&#233; alors de substituer &#224; la r&#233;ponse &#171; l'homme &#187; la r&#233;ponse &#171; &#338;dipe &#187; et d'aboutir &#224; un parall&#233;lisme charg&#233; de sens ; cependant, ce sens r&#233;sonnerait d'une mani&#232;re anthropologique voire psychologique qui correspondrait plus &#224; une projection des modes de pens&#233;e du lecteur moderne qu'&#224; une entente de l'&#233;nigme du sphinx telle qu'elle est utilis&#233;e chez Sophocle. Il s'agit alors de proposer une lecture plus immanente &#224; la trag&#233;die de Sophocle. D'autant qu'&#224; l'&#233;poque c'est Eschyle qui tient la victoire des concours de trag&#233;dies jusqu'&#224; ce que Sophocle l'&#233;vince car l&#224; o&#249; Eschyle met en sc&#232;ne les Labdacides dans une trilogie li&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La trilogie compos&#233;e de La&#239;os, &#338;dipe, Sept contre Th&#232;bes et le drame (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
, Sophocle cr&#233;e&lt;i&gt; &#338;dipe roi&lt;/i&gt; qui se lit comme une trag&#233;die ind&#233;pendante. Quelle r&#233;utilisation Sophocle fait-il pr&#233;cis&#233;ment de cette &#233;nigme de la sphinx dont Oedipe sortit vainqueur ? Comment peut-on lire ces r&#233;f&#233;rences lacunaires mais constantes de cet &#233;pisode dans &#338;dipe Roi de Sophocle ? En quoi Sophocle tisse-t-il cette trag&#233;die en jouant sur l'&#233;nigmatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Ce qui est int&#233;ressant c'est de voir la fa&#231;on dont Sophocle reprend l'&#233;pisode de l'&#233;nigme du sphinx dans &#338;dipe Roi (vers 425 avt J.C.), comparativement aux sources ant&#233;rieures voire post&#233;rieures. Or, le plus frappant est que Sophocle ne va ni reprendre la description d'un monstre hybride&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme chez H&#233;siode dans la Th&#233;ogonie (vers 700 av. J.C.) et M&#233;som&#232;de (auteur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
, ni la r&#233;f&#233;rence &#224; la question du sphinx et sa r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'&#233;nigme de la sphinx rapport&#233;e comme question dans Anthologie Palatine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
, ni le r&#233;cit lin&#233;aire de cet &#233;pisode dans la chronologie de la vie d'&#338;dipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cit lin&#233;aire des &#233;pisodes de la vie d'Oedipe tel qu'on peut le lire chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
. Sa reprise de la figure du sphinx est tant&#244;t m&#234;l&#233;e &#224; sa description comme fl&#233;au ou comme li&#233;e au chant mal&#233;fique ou encore comme diseuse de vers ; mais elle converge surtout vers cet &#233;v&#233;nement central pour la ville de Th&#232;bes et la dynastie cadm&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophocle introduit la r&#233;f&#233;rence &#224; la sphinx d&#232;s les vers 30 &#224; 40 dans lesquels le pr&#234;tre invoque &#338;dipe, le sauveur de Th&#232;bes jadis asphyxi&#233;e par ce fl&#233;au qu'&#233;tait la sphinx, post&#233;e aux portes de la ville et qui d&#233;vorait tous les passants qui ne r&#233;solvaient pas ses &#233;nigmes. Le pr&#234;tre renvoie &#224; la sphinx comme fl&#233;au pour faire &#233;cho avec le nouveau fl&#233;au &lt;i&gt;loimos&lt;/i&gt; qui s'abat sur la ville cadm&#233;enne. On peut y voir une tentative du pr&#234;tre d'invoquer un fl&#233;au pass&#233;, la sphinx, qu'&#338;dipe sut &#233;radiquer glorieusement afin d'en actualiser l'effet salvateur face aux menaces qui p&#232;sent sur Th&#232;bes d&#232;s le d&#233;but de la pi&#232;ce &#8211; ce qui correspond au processus de la &lt;i&gt;mimesis&lt;/i&gt; ou r&#233;actualisation au pr&#233;sent d'un fait pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, la sphinx est mentionn&#233;e en tant qu'elle co&#239;ncide avec l'&#233;poque du meurtre du Laios (vers 130 et suivants). Car &#338;dipe se demande pourquoi aucune enqu&#234;te n'a &#233;t&#233; diligent&#233;e alors ; et Cr&#233;on lui r&#233;pond que le fl&#233;au de la sphinx mena&#231;ait tellement Th&#232;bes qu'il &#233;tait plus urgent de le traiter en premier lieu plut&#244;t que de lancer une enqu&#234;te sur la mort de Laios. Apr&#232;s le lien entre la sphinx et Th&#232;bes, Sophocle resserre le cercle autour de la sphinx et la dynastie cadm&#233;enne de Th&#232;bes de Laios &#224; &#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la sphinx est cette diseuse d'&#233;nigme vaincue par &#338;dipe qui la voit moins comme un fl&#233;au que comme &#233;cho &#224; un &#233;pisode glorieux de sa vie puisque c'est en combattant ce monstre tel un h&#233;ros &#233;pique qu'Oedipe devient &#338;dipe roi de Th&#232;bes. Aux vers 391 et suivants, Oedipe, face au devin Tir&#233;sias, lui rappelle qu'il a su vaincre la diseuse de vers par sa sagacit&#233; propre, en tant qu'homme tout simplement, sans l'aide quelconque de l'art d'un devin ou des oracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophocle &#233;voque la figure de la sphinx d'une mani&#232;re diff&#233;rente que les sources antiques &#224; ce sujet : il s'agit moins de d&#233;crire le monstre hybride, cette &#233;nigme vivante avec cette solution simple &#171; l'homme &#187; - repr&#233;sentation qui correspond plus aux repr&#233;sentations que nous, lecteurs d'aujourd'hui, gardons de la sphinx &#8211; que de mettre en avant une sphinx qui fait &#233;cho au fl&#233;au actuel qui p&#232;se &#224; nouveau sur Th&#232;bes. Le dramaturge grec la pr&#233;sente ainsi comme &#171; diseuse de vers &#187;, &#171; horrible chanteuse &#187; dont le langage obscur et le chant mal&#233;fique furent interrompus gr&#226;ce &#224; la clairvoyance d'&#338;dipe, seul homme salvateur pour Th&#232;bes alors. Et tous esp&#232;rent r&#233;actualiser cet &#233;pisode glorieux qui a sauv&#233; Th&#232;bes du fl&#233;au et plac&#233; &#338;dipe sur le tr&#244;ne &#224; cot&#233; de Jocaste, afin d'enrayer les nouvelles menaces pesant sur Th&#232;bes parce que le meurtrier de Laios n'a pas &#233;t&#233; identifi&#233;. On passe de l'&#233;nigme &#171; qui marche &#224; quatre pattes le matin, deux le midi, trois le soir ? &#187; &#224; l'&#233;nigme &#171; qui a tu&#233; Laios ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;f&#233;rence &#224; la sphinx dans &#338;dipe Roi est certes lacunaire puisque la pi&#232;ce se d&#233;roule une fois &#338;dipe au pouvoir &#224; Th&#232;bes, donc apr&#232;s la victoire face &#224; la sphinx. Cependant, presque tous les personnages sauf Jocaste &#233;voquent la sphinx : le premier &#224; la mentionner est le pr&#234;tre (vers 30-40), puis c'est Cr&#233;on (vers 130), Oedipe et Tir&#233;sias (vers 391 et suivants), enfin le ch&#339;ur (vers 510)qui tente de se rassurer en se rappelant qu'&#338;dipe a sauv&#233; Th&#232;bes de la sphinx autrefois et qu'il ne peut &#234;tre li&#233; au nouveau fl&#233;au. Quant &#224; Jocaste, il semble qu'elle consid&#232;re son mari au-del&#224; de son exploit &#233;pique face au monstre de la sphinge ; &#224; moins qu'elle soit ce personnage qui op&#232;re le moins un lien entre le fl&#233;au de la sphinx lors de la mort de Laios et le fl&#233;au actuel sur Th&#232;bes parce que le meurtre de Laios est impuni &#8230; Nous touchons l&#224; peut-&#234;tre au caract&#232;re &#233;nigmatique du r&#244;le de Jocaste dans la pi&#232;ce, mais surtout &#224; la fonction de l'&#233;nigme de la sphinx dans Oedipe Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la diseuse d'&#233;nigmes qui asphyxiait Th&#232;bes autrefois et qu'&#338;dipe vainquit, revient dans la bouche des protagonistes tel un leitmotiv qui rappelle sans cesse un meurtre impuni &#224; &#233;clairer et une ville menac&#233;e &#224; sauver, situation dans laquelle Oedipe appara&#238;t comme le seul salvateur possible. Et pourtant cette confiance faite au pass&#233; glorieux d'&#338;dipe contient en lui-m&#234;me le renversement tragique &#224; venir : rappeler qu'&#338;dipe est le vainqueur sagace et clairvoyant face &#224; la sphinx revient &#224; rappeler qu'il a scell&#233; l&#224; son destin tragique en r&#233;alisant l'oracle de Delphes : tu tueras ton p&#232;re et &#233;pouseras ta m&#232;re. Car l'&#233;pisode de l'&#233;nigme se situe juste apr&#232;s le meurtre de Laios qui a pr&#233;cipit&#233; le fl&#233;au de la sphinx aux portes de Th&#232;bes, et juste avant l'inceste puisque le vainqueur de la sphinx est le nouveau roi de Th&#232;bes et donc le nouvel &#233;poux de la veuve Jocaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage qui concentre ce double sens donn&#233; &#224; l'&#233;pisode de l'&#233;nigme de la sphinx dans le destin d'&#338;dipe est celui qui oppose &#338;dipe &#224; Tir&#233;sias (vers 390-445). Oedipe se confronte &#224; Tir&#233;sias en lui rappelant qu'il a su seul vaincre la sphinx, sans autre pouvoir que sa clairvoyance et sa raison, l&#224; o&#249; lui, le devin habitu&#233; aux oracles, a &#233;chou&#233; (v.390-400). Mais Tir&#233;sias ne consid&#232;re pas cette victoire face &#224; la sphinx d'un m&#234;me &#339;il : il fait entrevoir &#224; &#338;dipe que ce qu'il consid&#232;re comme sa gloire est bien plus sa perte. Car le devin lie l'&#233;nigme de la sphinx &#224; l'oracle de Delphes ; &#338;dipe se focalise sur l'&#233;nigme que la sphinx lui a soumise autrefois et qu'il a r&#233;solue, alors que Tir&#233;sias inscrit cette &#233;nigme pass&#233;e dans le destin d'&#338;dipe - De qui Oedipe est-il le fils ? -et par rapport &#224; la nouvelle &#233;nigme qui lui est propos&#233;e : qui est le meurtrier de Laios ? Et Sophocle met en sc&#232;ne un Tir&#233;sias qui raille Oedipe de ne plus comprendre les &#233;nigmes face &#224; ces deux intrigues (V.440-445) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#338;DIPE. &#8211; Quels parents ? Reste l&#224;. De qui suis-je le fils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; TIRESIAS. &#8211; Ce jour te fera na&#238;tre et mourir &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#338;DIPE. &#8211; Tu ne peux donc user que de mots obscurs et d'&#233;nigmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; TIRESIAS. &#8211; Quoi ! Tu n'excelles plus &#224; trouver les &#233;nigmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#338;DIPE. &#8211; Va, reproche-moi donc ce qui fait ma grandeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; TIRESIAS. &#8211; C'est ton succ&#232;s pourtant qui justement te perd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la tirade finale du ch&#339;ur vient clore cette contamination entre l'&#233;nigme de la sphinx et l'&#233;nigme des origines d'&#338;dipe ou du meurtre de Laios (vers 1525-1530), contamination qui m&#234;le le temps souvent th&#233;matis&#233; dans l'intitul&#233; des &#233;nigmes et le destin d'un homme face &#224; ses &#233;nigmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; LE CH&#338;UR. &#8211; Regardez, habitants de Th&#232;bes, ma patrie. Le voil&#224;, cet Oedipe, cet expert en &#233;nigmes fameuses, qui &#233;tait devenu le premier des humains. Personne dans sa ville ne pouvait contempler son destin sans envie. Aujourd'hui, dans quel flot d'effrayante mis&#232;re est-il pr&#233;cipit&#233; ! C'est donc ce dernier jour qu'il faut, pour un mortel, toujours consid&#233;rer. Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pouvons achever cette pr&#233;sentation de l'&#233;nigme de la sphinx dans &#338;dipe Roi de Sophocle en mettant en avant le lien entre tragique et &#233;nigmatique dans cette pi&#232;ce. &#338;dipe roi n'est ni un roman policier bien que la pi&#232;ce d&#233;bute sur une intrigue polici&#232;re, ni un drame bien que tout finisse mal, ni une &#233;pop&#233;e bien qu'&#338;dipe ait su acc&#233;der au tr&#244;ne de Th&#232;bes en combattant le monstre de la sphinx : car du point de vue du spectateur, et peut-&#234;tre du devin Tir&#233;sias, chacun sait que le meurtrier est Oedipe, que la pi&#232;ce va d&#233;rouler le fil de son destin vers sa chute, et qu'il est l'homme parricide et incestueux. La pi&#232;ce de Sophocle est donc &#224; la fois trag&#233;die par excellence mais aussi une trag&#233;die &#224; la structure &#233;nigmatique puisque Sophocle utilise l'ambiguit&#233; et le double sens dans les sc&#232;nes de d&#233;nouement tragique moins pour le retarder que pour mieux brouiller ce qui est &#224; donner &#224; voir comme tragique. Autrement dit, il faut que ce soit &#338;dipe qui l&#232;ve les ambiguit&#233;s sur lui-m&#234;me pour que le n&#339;ud tragique op&#232;re ; mais ce moment o&#249; &#338;dipe voit son vrai visage et noue son destin tragique en se crevant les yeux, n'est pas donn&#233; &#224; une repr&#233;sentation sur sc&#232;ne car c'est le messager qui le raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter que Jean-Pierre VERNANT et Pierre VIDAL-NAQUET, dans &lt;i&gt;&#338;dipe et ses mythes&lt;/i&gt;, ont d&#233;fendu la th&#232;se selon laquelle l'&#233;nigme de la sphinx dans le destin d'&#338;dipe se retrouve inscrite chez Sophocle sous la forme de la structure &#233;nigmatique d'&lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;. Ils font de nombreux rapprochements textuels sur les r&#233;pliques ambigu&#235;s et &#224; double-sens &#224; ce sujet, et soulignent m&#234;me que l'&#233;nigme de la sphinx n'est rien d'autre que l'&#233;nigme d'&#338;dipe : &#224; savoir que, cet animal parlant &#224; deux pieds (dipous) le midi, trois le soir avec la canne et quatre le matin n'est autre qu'&#338;dipe lui-m&#234;me. La r&#233;ponse &#171; l'homme &#187; &#233;quivaut &#224; la suivante, &#171; oedipe &#187; ou &#171; oidipous &#187;. Si all&#233;chante que soit cette th&#232;se, il convient n&#233;anmoins d'en d&#233;gager l'empreinte psychanalytico-anthropologique qui est r&#233;currente dans les analyses du XXe si&#232;cle sur le mythe d'&#338;dipe, &#224; la suite de Freud et L&#233;vi-Strauss. N&#233;anmoins on peut prendre acte de ce rapport pos&#233; entre l'&#233;nigmatique et le tragique chez Sophocle. D'autant qu'il ne faut pas &#233;luder la signification de &lt;i&gt;oidipous&lt;/i&gt; &#171; pieds enfl&#233;s &#187; qui rappelle le mot &lt;i&gt;dipous&lt;/i&gt; qui se trouve dans l'&#233;nigme de la sphinx. Or ce rappel du sens qu'a le nom d'&#338;dipe est pr&#233;sent chez Sophocle (v.1035-1045) et participe au d&#233;nouement tragique de la pi&#232;ce puisque la sc&#232;ne o&#249; le corinthien rappelle qu'&#338;dipe est l'enfant aux pieds enfl&#233;s introduit le serviteur, celui qui n'a pu tuer &#338;dipe et l'a remis au corinthien, sauvant ainsi &#338;dipe pour mieux r&#233;aliser l'oracle. Et cette v&#233;rit&#233;, &#338;dipe s'appr&#234;te &#224; l'entendre : il comprend qu'il est ce corinthien qui a su gagner Th&#232;bes par sa clairvoyance devant le sphinx ; et il est v&#233;ritablement ce th&#233;bain, fils du couple royal Laios et Jocaste qui fut &#233;lev&#233; &#224; Corinthe dont il s'&#233;chappa pour sceller son destin tragique l&#224; o&#249; tout a commenc&#233; : &#224; Th&#232;bes, au palais, dans le lit de Jocaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophocle semble avoir us&#233; de l'&#233;nigmatique autour des origines d'Oedipe et du meurtre de Laios afin de faire r&#233;sonner ensemble une trag&#233;die concentr&#233;e sur &#338;dipe comme roi de Th&#232;bes et l'&#233;nigme qu'est le destin d'&#338;dipe. En fait, les phrases &#224; double sens et les r&#233;pliques ambigu&#235;s sont des outils traditionnels dans une trag&#233;die : elles permettent de lier les p&#233;rip&#233;ties &#224; leur pr&#233;figuration comme &#233;l&#233;ments d'un destin tragique. Or cette pr&#233;figuration n'est pas retard&#233;e chez Sophocle car les &#233;l&#233;ments de reconnaissance du n&#339;ud tragique sont d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;sents d&#232;s l'intervention de Tir&#233;sias. M&#234;me Jocaste comprend le fin mot de l'affaire qui est aussi le fin mot de l'&#233;nigme avant &#338;dipe. D&#232;s le d&#233;but, &#338;dipe se voit avec le masque du roi vainqueur de la sphinx, clairvoyant et expert en &#233;nigmes ; mais le spectateur et Tir&#233;sias voient pr&#233;cis&#233;ment le masque d'Oedipe parricide et incestueux. Toute la pi&#232;ce consiste &#224; aller vers le moment kairos (vers 1050) o&#249; &#338;dipe acceptera de voir son propre masque, son vrai visage ; mais il ne le supportera pas et d&#233;cidera de s'en lib&#233;rer en s'aveuglant ; geste ultime qui t&#233;moigne de la v&#233;ritable clairvoyance du personnage face &#224; ses propres &#233;nigmes et geste qu'il donne pr&#232;s du lit conjugal (le lit de Laios et Jocaste, puis le lit de Jocaste et d'&#338;dipe), dans le palais &#224; Th&#232;bes, v&#233;ritable berceau de ses origines et de son destin tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Sophocle am&#232;ne Oedipe &#224; lever ses &#233;nigmes en en exposant une nouvelle au spectateur car seul le messager viendra rapporter la mort de Jocaste et &#338;dipe se crevant les yeux (vers 1225-1300). Ce qui est profond&#233;ment tragique dans cette pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre n'est pas donn&#233; &#224; voir en repr&#233;sentation. Non seulement le messager est le seul par son r&#233;cit &#224; pouvoir nous faire visualiser la sc&#232;ne, mais il convient aussi qu'il ne sait pas tout. Il avoue qu'il ne sait pas exactement comment meurt Jocaste. Il s'auto-censure dans les paroles qu'il rapporte car il ne peut redire ce qu'&#338;dipe crie en voulant s'exposer &#224; Th&#232;bes comme celui qui a tu&#233; son p&#232;re et couch&#233; avec sa m&#232;re. Ainsi, Sophocle use de l'&#233;nigmatique pour construire le tragique chez le personnage d'&#338;dipe ; mais il le d&#233;noue compl&#232;tement qu'au sein d'une autre &#233;nigme, celle de ce qui est &#224; donn&#233; &#224; voir et &#224; repr&#233;senter dans une trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les r&#233;f&#233;rences &#224; l'&#233;nigme de la sphinx dans &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt; sont lacunaires et &#233;parses, elles n'en r&#233;sonnent pas moins avec la nouvelle &#233;nigme confront&#233;e &#224; &#338;dipe : celle du meurtre de Laios qui s'av&#232;re &#234;tre l'&#233;nigme de ses origines. Le masque tragique d'&#338;dipe ne co&#239;ncide avec son visage qu'une fois qu'Oedipe cesse de voir sa clairvoyance face au sphinx comme sa gloire et sa fortune, mais plut&#244;t comme la charni&#232;re entre le parricide et l'inceste ; et donc comme la porte d'entr&#233;e vers sa ville natale, vers le lit conjugal &#224; la fois de sa naissance, de l'inceste et de la lign&#233;e contamin&#233;e, et enfin du suicide de Jocaste et du ch&#226;timent. Or cet accomplissement tragique du destin d'Oedipe ne nous est pas donn&#233; &#224; voir sur la sc&#232;ne, comme si Sophocle conduisait Oedipe &#224; r&#233;soudre sa propre &#233;nigme pour mieux conduire le spectateur devant l'&#233;nigmatique : &#233;nigme de ce qu'une trag&#233;die donne &#224; repr&#233;senter sur sc&#232;ne. Moins que l'&#233;nigme de la sphinx ou l'&#233;nigme d'&#338;dipe en tant que telles, c'est le jeu entre l'&#233;nigmatique et le tragique qui interpelle chez Sophocle. En ce sens, le masque d'&#338;dipe lors d'une repr&#233;sentation de la trag&#233;die de Sophocle est embl&#233;matique du tragique dans l'&#233;nigmatique et de l'&#233;nigmatique dans la repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale : le masque d'&#338;dipe roi au d&#233;but de la pi&#232;ce cache t-il, tel un double, le vrai visage d'Oedipe parricide et incestueux ou tout le jeu n'est-il pas de mener &#338;dipe &#224; &#234;tre clairvoyant devant son propre masque, &#224; percer son image glorieuse du vainqueur contre la sphinx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Audrey Gerlain, Universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Texte de r&#233;f&#233;rence d'&#338;dipe Roi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les citations issues de la pi&#232;ce : SOPHOCLE, &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, traduction de Paul MAZON, notes et introduction de Philippe BRUNET (1998), Paris, &#233;d. Bilingue &#171; Les Belles Lettres &#187;, 3&#232; tirage, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les sources cit&#233;es en bas de la page 1 : SOPHOCLE,&lt;i&gt; &#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, trad. V-H. DEBIDOUR, &#233;d. Livre de Poche, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Ouvrages g&#233;n&#233;ralistes ou de commentaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BRUNEL Pierre (dir.),&lt;i&gt; Dictionnaire des mythes litt&#233;raires&lt;/i&gt;, Monaco, Le Rocher, 1988 (cf. plus pr&#233;cis&#233;ment l'article de Colette ASTIER &#171; &#338;dipe &#187;, pp.1059-1070).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VERNANT Jean-Pierre et VIDAL-NAQUET Pierre, &#171; Ambiguit&#233; et renversement. Sur la structure &#233;nigmatique d'&#338;dipe Roi &#187; in&lt;i&gt; Echanges et communications. M&#233;langes offerts &#224; Claude L&#233;vi-Strauss&lt;/i&gt; (Paris, 1970, t.II, pp. 1253-1279) repris dans &lt;i&gt;&#338;dipe et ses mythes&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. Complexe, 1988, pp. 23-53.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La trilogie compos&#233;e de &lt;i&gt;La&#239;os&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;dipe&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Sept contre Th&#232;bes&lt;/i&gt; et le drame satyrique&lt;i&gt; La Sphinx&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme chez H&#233;siode dans la Th&#233;ogonie (vers 700 av. J.C.) et M&#233;som&#232;de (auteur latin post&#233;rieur &#224; Sophocle) repris dans &lt;i&gt;Anthologie Palatine&lt;/i&gt; XIV qui font de la sphinx un monstre polymorphe mi-femme mi-animal d'origine mi-batarde mi-divine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. l'&#233;nigme de la sphinx rapport&#233;e comme question dans &lt;i&gt;Anthologie Palatine&lt;/i&gt; XIV,64 et la r&#233;ponse &#171; l'homme &#187; comment&#233;e dans le manuscrit des &lt;i&gt;Ph&#233;niciennes&lt;/i&gt; d'Euripide.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cit lin&#233;aire des &#233;pisodes de la vie d'Oedipe tel qu'on peut le lire chez Aristophane le Grammairien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Interpr&#233;tation psychanalytique du mythe d'&#338;dipe Roi </title>
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&lt;p&gt;Interpr&#233;tation psychanalytique du mythe d'&#338;dipe Roi &lt;br class='autobr' /&gt; En rapport au sujet de mon m&#233;moire qui est une conjonction et une diff&#233;renciation entre psychanalyse et philosophie, &#171; La psychanalyse est elle une philosophie, la philosophie est elle une psychanalyse ? &#187;, j'ai profit&#233; ici du rapport historique qu'entretient la psychanalyse avec le mythe d'&#338;dipe, pour en faire une interpr&#233;tation analytique. On lie souvent l'&#339;dipe &#224; l'amour que l'enfant porte &#224; son parent du sexe oppos&#233;, comme le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.homeros.site/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;S&#233;minaire : en marge d'Oedipe Tyran&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Interpr&#233;tation psychanalytique du mythe d'&lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En rapport au sujet de mon m&#233;moire qui est une conjonction et une diff&#233;renciation entre psychanalyse et philosophie, &#171; La psychanalyse est elle une philosophie, la philosophie est elle une psychanalyse ? &#187;, j'ai profit&#233; ici du rapport historique qu'entretient la psychanalyse avec le mythe d'&#338;dipe, pour en faire une interpr&#233;tation analytique. On lie souvent l'&#339;dipe &#224; l'amour que l'enfant porte &#224; son parent du sexe oppos&#233;, comme le structurant essentiel de la personnalit&#233;. Le p&#232;re, cens&#233; faire tiers entre l'enfant et sa m&#232;re (&lt;i&gt;vice versa&lt;/i&gt; pour la petite fille), permet d'entrer dans ce que l'on appelle une triangulation &#339;dipienne, cette structure permettant au sujet qui la vit d'&#234;tre pleinement un sujet, soit de supporter le manque, la distance et la tension et de s'apporter satisfaction de mani&#232;re autonome. Ce qui fait de l'Inceste ce pivot pathologique, moteur de tout d&#233;s&#233;quilibre pour cause de fusion destructrice. Pivot aussi de la psychanalyse, au moins dans la dimension mythique que l'on a faite de l'histoire de sa cr&#233;ation : j'ai voulu m'&#233;loigner des pr&#233;suppos&#233;s concernant ce conflit &#339;dipien pour en prendre la mesure dans une interpr&#233;tation analytique et herm&#233;neutique&lt;i&gt; in concreto&lt;/i&gt;. Profitant des r&#233;volutions analytiques post-freudiennes, r&#233;gressant du complexe d'&#338;dipe (5-6 ans) aux confins des conflits narcissiques (1 &#224; 3 ans), la lecture du texte m'amena &#224; faire ce m&#234;me parcours ontog&#233;n&#233;tique vers l'archa&#239;que, afin de proposer cette hypoth&#232;se, audacieuse sans le vouloir, de la nature narcissique et d&#233;faillante de la transmission transg&#233;n&#233;rationnelle des Labdacides. &#171; Le mythe d'&#338;dipe n'est pas un mythe &#339;dipien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel effet est cens&#233; produire l'Inceste ? La psychose, l'impossible individuation, la non d&#233;limitation du moi et du non-moi, la fusion avec l'objet emp&#234;chant tout simplement &#224; un psychisme de se contenir, ne serait-ce qu'en pens&#233;es, ou le faisant sous des formes d&#233;lirantes. Que nous montrent le comportement et l'activit&#233; interne d'&#338;dipe dans le texte ? Il est le Roi et assume cette fonction, la triangulation est int&#233;gr&#233;e chez lui, sa pens&#233;e vigoureuse le montre pleinement sujet. Mais trop peut &#234;tre, il n'accepte d'&#234;tre sujet qu'en &#233;tant le sujet du monde, le Roi. Il alterne entre porter le poids du monde comme prix d'une faille identitaire et une m&#233;galomanie naturelle de Roi. Oscillant entre manie et d&#233;pression, on sent en cette histoire que le probl&#232;me du palais est celui de la survie d'&#338;dipe lui-m&#234;me, on ne suit en fait que les altercations internes d'&#338;dipe avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est ce &#224; dire ? Et bien qu'Oedipe est de structure &#233;tat-limite, que le conflit temporel sous-jacent au mythe est en rapport aux al&#233;as du narcissisme qui fonde une menace pour la survie biologique m&#234;me. Ce qui d&#233;finit ce rapport &#224; la violence fondamentale de cette survie est un rapport au meurtre fratricidaire, tandis que l'&#339;dipe est normalement d&#233;fini quant &#224; lui par le parricide. Voil&#224; deux notions avanc&#233;es qu'il va me falloir expliciter. Le fratricide est souvent consid&#233;r&#233; en un rapport au miroir, c'est le meurtre du double, mais du mauvais double, d'un double n&#233; &#224; la suite d'un traumatisme qui divisa en deux le sujet dans ce qu'on appelle un clivage. A l'instar des n&#233;vros&#233;s de guerre, davantage paralys&#233;s par l'effroi devant les choses qu'ils s'aper&#231;oivent &#234;tre capables de faire que par les bruits sourds des bombes alentour. Quel est ce processus cr&#233;ateur du clivage ? C'est lorsque une excitation ext&#233;rieure prend le sujet en emprise, ce qui fait que le corps est comme poss&#233;d&#233; par l'autre. La conscience se retrouve comme sans corps, sans d&#233;limitation de soi, l'&#233;videment interne de sa libido ne lui ayant laiss&#233;, en guise d'int&#233;riorit&#233;, qu'une violence latente. Le clivage est cr&#233;&#233;, le sujet devenu objet ne vise qu'&#224; se sentir exister et sujet de nouveau, ce qu'il ne peut faire qu'en soulevant son reste de violence vers le monde, acte du meurtre du double, comme si le monde en retour lui ferait corps. Ce processus de renversement sujet-objet et de retournement de la pulsion en son contraire, marque le signe des d&#233;fenses les plus archa&#239;ques qui soient. Cette violence, dite fondamentale par Jean Bergeret&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La violence fondamentale, Dunod. 2000&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne concerne pas l'autre, soit un rapport de possession de l'autre, de l'ordre de l'analit&#233; pulsionnelle, elle concerne la privation orale existentielle de l'&#234;tre et de sa survie &#224; soi, de la permanence et de la continuit&#233; de soi. En psychanalyse, on distingue la violence de l'agressivit&#233;, comme le fratricide du parricide. Le parricide est quant &#224; lui, un acte agressif, qui concerne directement le rapport de possession &#224; l'autre (la m&#232;re), et le p&#232;re est tu&#233; comme crime passionnel. La violence est plus archa&#239;que, dans la mesure o&#249; le courant de violence est comme d&#233;sintriqu&#233; du courant libidinal. L&#224; o&#249; l'agressivit&#233; est ce qui relie ces deux courants. Un acte agressif est pris dans un rapport de possession o&#249; le sujet ne d&#233;sesp&#232;re pas de la perte de l'objet. Tant que l'agressivit&#233; l'y relie, ce n'est pas la survie qui inqui&#232;te, mais l'objet, entre excitation et frustrations. Voil&#224; une explicitation sommaire de ces deux notions qui fondent la diff&#233;rence que je veux faire entrevoir ici. Vous savez que la plupart des meurtriers dans le r&#233;el ne le font pas par perversit&#233; comme dans l'imaginaire, ni par crime passionnel, comme tout un chacun s'imagine qu'il pourrait tuer, mais dans ce rapport &#224; la perte de l'&#233;cho dans le miroir, &#224; ce double n&#233;cessaire &#224; faire contenance et &#224; produire le sentiment qui fait l'humain. Le meurtre du double est un geste froid, sans affects, sans consid&#233;rations dites &#171; humaines &#187;, puisque ce mot n'a plus de sens &#224; cet instant, car l'humain a failli, du fait que sa propre libido l'a abandonn&#233;, ainsi que sa capacit&#233; &#224; temporaliser les &#233;v&#232;nements et simplement de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#224; o&#249; le parricide peut &#234;tre accompagn&#233; de pens&#233;es, m&#234;me si celles-ci deviennent plus ou moins d&#233;lirantes dans le cadre du crime passionnel, le fratricide est pur passage &#224; l'acte, impensable ou seulement dans la dimension d'apr&#232;s-coup. Le fratricide est un clivage entre pens&#233;es et actes, qui n'appara&#238;t pas dans le cadre du parricide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En resserrant l'&#233;tau de l'&#233;nigme sur des causes plus archa&#239;ques dans la fixation du sens de notre mythe, on comprend d&#233;j&#224; pourquoi la m&#232;re est sa femme, mais ni l'un ni l'autre ne savent leur v&#233;rit&#233; filiale biologique, pourquoi le meurtre du p&#232;re a &#233;t&#233; commis sans raison apparente, le passage &#224; l'acte ne se discute pas. Il est raisonnablement impossible de croire qu'il a reconnu l&#224; un p&#232;re qu'il ne connaissait pas, mais plut&#244;t qu'en ses yeux il y ait vu une faille qui lui ait rappel&#233; une faille identitaire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De plus, ce n'est pas la biologie qui fait la structure psychologique, ce n'est pas parce que c'est sa m&#232;re biologique qu'&#338;dipe pratique l'inceste, nous savons que la parentalit&#233; est davantage symbolique et est aussi surtout le fait de l'&#233;ducation r&#233;elle. C'est dans le rapport aux fonctions d'&#233;ducation que l'interdit peut trouver un sens structurant. Les parents d'&#338;dipe ne l'ont pas &#233;lev&#233;, et il ne sait pas que ce sont ces parents, ce qui cesse la dynamique symbolique de ce qui structure dans le complexe d'&#338;dipe. Le complexe d'&#338;dipe est soumis au relativisme culturel et est d'ancrage symbolique. L'important n'est pas que la m&#232;re soit interdite, mais qu'un objet, n'importe lequel, le soit, sous peu qu'il marque la pr&#233;sence du tabou. Dans certaines cultures, les b&#233;t&#234; de haute volta, c'est l'ami du village qui est interdit, le premier copain de nos 5 ans, la m&#232;re n'est pas tabou et les relations sexuelles sont compl&#232;tes d&#232;s 5 ans. D'o&#249; l'insistance de la reconnaissance effective de la filiation comme fait symbolique, pour que ce mythe y soit consid&#233;r&#233; comme &#339;dipien. Ici, la charge du Roi et la douleur imput&#233;e par le possible &#233;chec du respect de ses obligations marquent la faille de la loi, que l'on nomme le sympt&#244;me du p&#232;re mort. Ainsi, le p&#232;re mort du mythe y prend son sens non pas comme meurtre, mais comme mort. Le meurtre n'est que secondaire et d&#233;fensif par rapport &#224; la faille identitaire. Comment le meurtre en lui m&#234;me prend-il alors son sens ? &#338;dipe a &#233;t&#233; abandonn&#233; par ses deux parents, voil&#224; le r&#233;el du mythe, la place absente du p&#232;re a fond&#233; la faille identitaire, qui tente de s'incarner secondairement comme loi dans le meurtre du double, moi ou l'autre. Le p&#232;re est mort avant son meurtre, ce qui montre que l'acte meurtrier en lui-m&#234;me ne peut &#234;tre celui du p&#232;re, mais de sa survie propre, en sentiment de menace pour son int&#233;grit&#233; psychique et corporelle. Mais nous allons pousser plus avant encore : quand le p&#232;re est-il mort ? &#192; l'abandon. Il ne semble pas, du fait que l'abandon a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme la meilleure solution, car pire encore serait la mal&#233;diction familiale pr&#233;sag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le sympt&#244;me du p&#232;re mort, la faille narcissique pr&#233;c&#232;de donc logiquement l'abandon, elle est le fait d'une dette transg&#233;n&#233;rationnelle. Or, on sait que le mythe d'&#338;dipe est un drame en triptyque, une s&#233;rie en trois volets couvrant chacun justement la vie d'une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pris ainsi, ce mythe dans l'ensemble est un mythe sur l'h&#233;ritage et la dette transg&#233;n&#233;rationnelle, nous pr&#233;sentant le rapport &#224; la tentative de d&#233;sendettement de ce fant&#244;me de la transmission. Un mythe suit en filigrane une probl&#233;matique, c'est ce qui fait sens pour son lecteur. Les trois volets du r&#233;cit parcourent le chemin d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, dont on peut dire que le &#171; nom &#187; symbolique est une transmission de flambeau. Or, L&#233;vy-Strauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous pr&#233;cise la signification des pr&#233;noms. Le pr&#233;nom du grand-p&#232;re se traduit par le terme de &#171; boiteux &#187;, celui du p&#232;re signifie &#171; gauche &#187;, et enfin &#338;dipe d&#233;signe des &#171; pieds gonfl&#233;s &#187;. Le rapport d'ali&#233;nation du nom &#224; la faille narcissique est ici clair. On peut lier le fait d'&#234;tre gauche ou boiteux comme une situation de non-contr&#244;le, le nom qui montre le rapport au phallus nous enseigne par sa signification le rapport galvaud&#233; et flottant que les Labdacides entretiennent vis-&#224;-vis du phallus. &#338;dipe qui symbolise le rapport aux pieds &#171; anormaux &#187; indique que le d&#233;sendettement transg&#233;n&#233;rationnel est en cours d'&#233;lagage, que la dette a diminu&#233;, le handicap et l'impuissance s'amenuisent ; de toute la partie inf&#233;rieure du corps d&#233;sign&#233; en son rapport au miroir bris&#233; (boiteux), il n'y a plus que les pieds qui en symbolisent l'&#233;quivoque. Nous savons que les pieds peuvent repr&#233;senter la castration, tels les f&#233;tichistes qui nous enseigneraient &#224; y voir la source d'excitation supr&#234;me. Mais les pieds marquent aussi le relativisme &#171; terrien &#187;, c'est le point de jonction entre l'homme et la terre, autant dire la limitation de son pouvoir en sa mat&#233;rialit&#233;, soit le signe de son impuissance. Certes, d'un corps boiteux ou d'une attitude gauche qui semblent marquer le corps entier, seuls les pieds semblent signifier cette faille de la loi au final, signe d'un d&#233;sendettement en cours. Mais le terme de &#171; pieds gonfl&#233;s &#187; ne symbolise pas uniquement une partie du corps, c'est aussi le nom d'&#338;dipe en son entier, il est tout entier &#338;dipe et repr&#233;sentant de cette impuissance narcissique de par son nom. Ainsi, la dette para&#238;t diminuer de par l'inflexion d'une assignation partielle de la faille au corps, soit le pied, mais dans le m&#234;me temps, il est le repr&#233;sentant total de toute faille identitaire, de par son nom. Cette position de repr&#233;sentant est d'autant plus contraignante en ses d&#233;terminations inconscientes qu'elle est d&#233;mat&#233;rialis&#233;e, elle ne se somatise plus in corpore, mais est devenue invisible, une dette spirituelle. L'impuissance est d'origine narcissique, contrairement &#224; la culpabilit&#233; qui est d'origine &#339;dipienne. D&#232;s le d&#233;but du texte, &#338;dipe ne pose pas le probl&#232;me autrement et demande &#224; Cr&#233;on, &#171; quelle est la faute, quelle est l'esp&#232;ce du malheur ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La faute est du registre d'une conflictualit&#233; narcissique, l&#224; o&#249; le remords ou le regret tirent leur assises de tiraillements &#339;dipiens. Cr&#233;on r&#233;pond &#224; cette question en nous affirmant qu'il faut &#171; payer le meurtre par un nouveau meurtre &#187;, ce qui confirme ce rapport au tout ou rien, &#224; ce moi ou l'autre de la survie, comme r&#233;ponse &#224; la r&#233;action d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A ceci, &#338;dipe r&#233;plique : &#171; en prenant l'affaire au nom du mort, dans cette justice donc, vous verrez en moi un compagnon d'armes, vengeant cette terre et le Dieu en m&#234;me temps. Non pour la d&#233;fense d'alli&#233;s lointains, mais moi-m&#234;me, pour moi, je chasserai cette mienne pollution &#187;. En une phrase, &#338;dipe r&#233;sume l&#224; tous les &#233;l&#233;ments. En prenant l'affaire au nom du mort, le nom et le mort sont signifi&#233;s, au nom de..., comme s'il avait compris le rapport de dette que le nom lui impose et qui l'ali&#232;ne en cela au mort. &#171; Vengeant la terre et le Dieu en m&#234;me temps &#187;, la terre signe d'impuissance que nous venons de relever dans le rapport au nom (pieds gonfl&#233;s), et le dieu place du p&#232;re d&#233;faillant qu'il faudra venger, et pour ainsi dire prendre sa place. La terre rappelle le lien &#233;voqu&#233; vis-&#224;-vis de ses pieds, ce qui le renvoie &#224; son nom, au sympt&#244;me du p&#232;re mort dont il est fait le repr&#233;sentant par m&#233;taphore, ce pourquoi il doit prendre plus ou moins la place des dieux. Il pr&#233;cise, &#171; non pour la d&#233;fense d'alli&#233;s lointains, mais moi-m&#234;me, pour moi m&#234;me, je chasserai cette mienne pollution &#187;, c'est un probl&#232;me qui ne concerne que lui, sa permanence propre et non un rapport &#224; l'objet, comme ce serait le cas dans une probl&#233;matique &#339;dipienne. Quand on sait de surcroit qu'il est le meurtrier, on comprend d'autant plus que la haine &#233;voqu&#233;e ici est une haine du soi, celle d'un mauvais double. D'ailleurs, &#224; peu pr&#232;s toutes les craintes, les menaces qui accablent la ville et &#338;dipe sont renvers&#233;es par ce dernier qui menace l'auteur du crime de ce qu'il craint pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce renversement perp&#233;tuel des menaces, montre le flottement du moi en risque d'annihilation, caract&#233;ristique des structures &#233;tats-limites. Le moi, comme l'objet, est perdu, si bien que l'impossible contenance emp&#234;che d'envelopper toute possibilit&#233; reproductrice de la parentalit&#233;. La violence et l'impossible amour permanent inhibent le d&#233;sir de sa procr&#233;ation chez les &#233;tats-limites, l&#224; o&#249; les cons&#233;quences de l'inceste d&#233;rivent vers une rel&#232;ve florissante, mais avec un risque autistique ou schizophr&#233;nique. Le rapport &#224; la d&#233;rive du phallus dans le lien de transmission et l'impossible procr&#233;ation semble &#234;tre ici un indice suppl&#233;mentaire de probl&#233;matique narcissique. &#338;dipe nous dit : &#171; avec quoi se d&#233;fendre, ni les pousses de la gloire ne croissent, ni les femmes en g&#233;sine ne se rel&#232;vent pour accoucher. Sans piti&#233;, la descendance est couch&#233;e sur le sol, donnant la mort, nul ne les pleure. Terre qui git sans fruits et sans Dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'inconscient est aveugle, quand &#224; son contenu ou &#224; sa vigilance attentionnelle, mais c'est celui qui sait. Le conscient, c'est l'&lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, celui qui acte car il ne sait pas ce qui le d&#233;termine, ni ce qu'il est. Le clivage fait de l'agir &#233;tat-limite, le fait d'un indicible court-circuit&#233; dans l'acte. Le mythe poursuit cette dialectique de savoir et de non-savoir tout au long de l'avanc&#233;e vers la v&#233;rit&#233;, il repr&#233;sente l'&#233;volution interne du clivage d'&#338;dipe, m&#233;taphoris&#233;e par les autres protagonistes, ainsi que ses cons&#233;quences quant aux modes d'appropriation de cette v&#233;rit&#233; du mythe de l'origine. Ce &#171; d'o&#249; je viens ? &#187; &#171; Qui je suis ? &#187; se coordonne au traumatisme de la naissance, au mythe des origines, qui sont des probl&#233;matiques narcissiques. Nous avons la d&#233;monstration de la dialectique &#233;clairante du sens du mythe en la personne du devin Tir&#233;sias, m&#233;taphore de l'inconscient d'&#338;dipe. Tir&#233;sias est ce repr&#233;sentant du dire et du savoir, l&#224; o&#249; &#338;dipe y est agi. &#338;dipe nous dit : &#171; L'homme que l'acte ne fait pas trembler n'a pas peur d'une parole &#187; ou encore &#171; tu sais et tu ne parleras pas, si tu poss&#233;dais la vue, j'aurais m&#234;me dit que le crime est ton &#339;uvre. &#187; On sait qu'il se parle &#224; lui-m&#234;me et qu'il a la vue, premier moment d'une r&#233;v&#233;lation pr&#233;consciente de la possibilit&#233; en lui du crime. On sait surtout qu'&#338;dipe perd la vue en apprenant la v&#233;rit&#233;, symbole que l'inconscient est aveugle et qu'il repr&#233;sente celui qui sait. Tir&#233;sias lui dit ensuite : &#171; tu es le roi, mais il te faut t'&#233;tablir dans l'&#233;galit&#233; de la contradiction, j'ai une vie d'esclave, mais je ne suis pas &#224; toi &#187;. Autrement dit, il faut que tu me reconnaisses comme partie de toi, comme ton inconscient, tu es autant esclave que ma&#238;tre, soit &#233;tat-limite. Il pr&#233;cise : &#171; toi les yeux, tu les as, mais tu ne sais ni o&#249; tu habites, ni avec qui tu vis,... pas d'arguments pour me confondre, ce que je dois dire, je ne le sais pas &#187;. Ce rappel des limites flottantes continue quand &#338;dipe dit : &#171; le plaisir, n'est-ce pas que la pens&#233;e fait une demeure s&#233;par&#233;e du mal &#187;. Tout ceci n'est pas sans nous rappeler la c&#233;l&#232;bre tournure freudienne : &#171; l'homme n'est pas ma&#238;tre en sa demeure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Essai de psychanalyse, PBP, 1923&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#233;taphore de la demeure est d'ailleurs reprise un peu plus loin par &#338;dipe &#224; Cr&#233;on : &#171; Si dans ma propre demeure, il partageait mon foyer, moi le sachant, que je sois frapp&#233; moi-m&#234;me par les impr&#233;cations que je viens de lancer contre eux &#187;. S'il y a des lieux dans &lt;i&gt;&#338;dipe Roi&lt;/i&gt;, ce sont des arri&#232;re-monde inconscients. J'esp&#232;re avoir montr&#233; le fonctionnement du clivage entre savoir et agir, dans ces quelques tirades tri&#233;es parmi d'autres dans le dialogue entre Tir&#233;sias et &#338;dipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#338;dipe se demande ensuite s'il est damn&#233; de naissance, rappelant l&#224; la probl&#233;matique abandonnique et narcissique. Ses parents l'ont abandonn&#233;, ce qui est un &#233;quivalent d'infanticide. Or, la logique d'un infanticide pr&#233;c&#232;de logiquement le fratricide, c'est aussi tuer les mauvaises parties de soi, dans le mauvais enfant. Mauvais enfant qui devra lui m&#234;me se d&#233;tacher de ces projections parentales n&#233;gatives par le fratricide, tuer l'autre avant son apparition. Quand &#338;dipe a tu&#233; son p&#232;re, ce n'&#233;tait pas de l'agressivit&#233;, mais de la d&#233;fense, il l'a tu&#233; d&#232;s qu'il est apparu, sans raison apparente, mais pas en tant que son p&#232;re ; le p&#232;re, c'est celui qui est pr&#233;sent au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il reconnaissait son p&#232;re, il l'insulterait en le tuant, l'acte serait accompagn&#233; d'un dire. Ici, c'est la menace pour son int&#233;grit&#233; et la reconnaissance de sa faille en l'autre qui lui fait craindre le pire et le fait tuer avant d'&#234;tre tu&#233;. &#171; La violence fait le Roi, la violence, soudain elle s'&#233;lance dans le pr&#233;cipice de la n&#233;cessit&#233; (la question de la survie) o&#249; il n'est pas d'usage utile (cela veut dire que l'int&#233;r&#234;t n'est pas objectal, pas pour la possession de la m&#232;re). Ce n'est donc pas celui qui f&#233;conde sa femme qu'&#338;dipe voit sur ce sentier, mais ce rapport au mauvais double montr&#233; en miroir. Jocaste aussi est pris dans une collusion narcissique et non sexuelle, c'est le m&#234;me lien qui relie &#338;dipe et sa m&#232;re, qu'Oedipe et son p&#232;re. Le rapport au miroir montre dans les deux cas la faille, ce qui produit des effets diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Faille contre faille dans la rencontre avec le p&#232;re, les deux d&#233;faillances s'affrontent et s'autod&#233;truisent. Mais avec la m&#232;re, la femme est &#171; prise &#187; comme soutien de la castration, r&#233;paration de la faille et soutien de l'image dans le miroir. Au moment de la mort de Jocaste, le terme de double est sans cesse utilis&#233;. De m&#234;me, jamais on ne voit &#338;dipe &#224; la recherche de sa femme ou dans un rapport de possession vis-&#224;-vis d'autres rivaux possibles, ou encore dans des angoisses de perte vis-&#224;-vis d'elle, elle n'est consid&#233;r&#233;e que comme compl&#233;ment et auxiliaire du miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, l'abandon d'&#338;dipe, le manque paternel et maternel pendant l'enfance, la dette transg&#233;n&#233;rationnelle due &#224; la faille de la loi pr&#233;existante (dans le nom paternel), sous-tendent le r&#233;cit. Ainsi, le secret qui couve tout au long du texte pousse ce savoir non conscient &#224; &#234;tre agi par clivage, et &#224; se conscientiser dialectiquement vers sa reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romain Tropardy, &#233;tudiant en philosophie, Universit&#233; de Rouen&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La violence fondamentale&lt;/i&gt;, Dunod. 2000&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anthropologie structurale&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1958&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Essai de psychanalyse&lt;/i&gt;, PBP, 1923&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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